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Tokyo – Osaka en stop

Tokyo – Osaka
Mon aventure de quelques jours en stop au Japon

Un jour, je me suis demandé s’il était possible de voyager en stop au Japon. S’il était possible, en comptant sur la bienveillance des gens, de partir d’un point A et d’arriver à un point B situé à plusieurs centaines de kilomètres. C’était un défi que je voulais me lancer. J’ai toujours aimé partir à l’inconnu, sans prévoir quoi que ce soit pour le lendemain. Et comme le Japon est un pays très sécurisé, je me suis dit pourquoi pas débuter ici…

J’ai alors commencé à imaginer mon périple dans ma tête. J’écrivais mon itinéraire au travail, pendant les moments de calme, au dos d’un menu qui n’était plus d’actualité. Mon téléphone à ma gauche, affichant la carte du Japon, et mon menu gribouillé à ma droite, le tout derrière mon comptoir. L’idée de partir à l’aventure me faisait sourire et donnait une autre saveur à cette journée de travail qui commençait à me lasser. C’était décidé, j’allais partir rejoindre des amis à Osaka en stop.

Je dois admettre qu’avant de partir pour ce périple, je n’étais pas vraiment expérimenté dans le domaine de l’auto-stop. J’en avais bien fait une fois ou deux auparavant, à cause des problèmes de trains à la Maison notamment. Mais là, j’étais sur le point de crucialement compter sur ce mode de transport pour arriver à destination. Avec comme joker les trains de banlieue, qui relient les petites villes entre elles quand même. Je m’interdis le shinkansen. (train à grande vitesse japonais) Et en parlant, un peu mais pas trop, de ce projet autour de moi, bien vite on m’a répondu la même chose : « faire du stop au Japon ? Bon courage… », « c’est pas dans leur culture, c’est mort », « ça marchera jamais »… Autant te dire que mes interlocuteurs étaient très motivés pour moi. Ça ne m’a pas démotivé pour autant. En y réfléchissant, ça a peut-être même eu l’effet inverse : je voulais vraiment savoir si c’était possible, si j’en étais capable et je voulais contredire les idées reçues.

C’est ainsi que, début septembre, par un beau matin, j’ai pris mon sac à dos, mon appareil photo, et je suis parti de chez mon ami qui m’hébergeait à Tokyo pour sillonner les routes nippones. (petite note : mon seul regret aura été de ne pas avoir pris mon Polaroïd, faute de place…) Comme je suis quelqu’un qui aime tout découvrir par soi-même, sur le tas, je ne m’étais bien sûr pas renseigné sur les techniques à utiliser pour rendre une aventure en auto-stop plus fructueuse. Car oui, au Japon en tout cas, il y a des techniques pour avoir plus de chances d’être pris en stop ! Quoi qu’il en soit, j’ai tout de suite évité les grandes métropoles : j’ai pris le train depuis Tokyo pour Machida, et c’est là-bas que j’ai pris la direction du bitume. Cependant, au bout d’une heure de marche, j’ai vite compris que j’étais encore dans un Japon bien trop urbain et que le stop n’était pas vraiment une entreprise à succès ici… Je remonte dans le train, direction Hakone.

La route

 

Jour 1 : Hakone

J’avais souvent entendu parler de Hakone. Un bourg perdu dans la montagne, entouré d’une dense forêt depuis lequel on peut apercevoir le Mont Fuji. Enfin, quand il fait beau. Je n’ai pas vraiment de chance à ce niveau-là et toutes les fois où la fameuse montagne était censée être à portée de vue, le brouillard a décidé de venir s’interposer entre elle et mes yeux. Hakone dégage un charme certain : l’air y est agréable et les paysages nous renvoient tous dans les décors d’un film de Miyazaki. Je quitte donc la gare et je pars vers l’ouest, en profitant de ce défilé de couleurs qui passe sous mes yeux. Je traverse un pont, je croise des touristes, je longe une rivière… Le lieu est très vallonné, et c’est sans le savoir que je commence une longue ascension sous les feuilles des arbres, pouce en l’air, sur une route sinueuse. Je passe dans de tout petits villages, très calmes, et peu de voitures vont dans ma direction. Ce qui m’amène à la question suivante : « où est-ce que je vais…? » J’ai même vu une voiture décapotable passer avec deux Européens dedans. Je suis sûr qu’ils se seraient arrêtés s’ils avaient eu de la place. Je continue mon chemin, et au bout d’un moment, une voiture revient sur moi en marche arrière. En sort un homme entre quarante et cinquante ans, japonais, qui me demande jusqu’où je vais. Je lui donne le nom d’une ville assez proche, à l’ouest, que j’ai pris soin de mémoriser pour le moment où l’on s’arrêterait pour me sauver. Je pense que le terme « sauver » n’est pas un euphémisme : j’étais perdu dans la montagne entre deux villages et le soleil commençait à se coucher. Ce monsieur me dit alors qu’il peut me sortir d’ici et m’amener à la prochaine ville : marché conclu.

La rivière – Hakone

C’est ainsi que j’arrive dans un endroit plus urbain, au sud du lac Ashi (Hakone), mais que je juge être encore suffisamment à l’écart pour que le stop fonctionne. Le paysage est incroyable : un lac immense s’étend sous mon regard, avec un portique japonais au loin, se tenant devant une colline. Je profite de l’instant pour prendre quelques photos avant de repartir. Une grande route passe entre les habitations et les commerces et part dans la direction que je dois suivre. Je la longe, pouce en l’air, en direction de la prochaine ville : Mishima. La pénombre est de plus en plus dense alors que je marche tout droit, en évitant qu’on ne roule trop près de moi : il n’y a pas de trottoirs, je suis entre les arbres et la chaussée.

Après quelques dizaines de minutes, une camionnette blanche met son clignotant à gauche et s’arrête à dix mètres devant moi : le soulagement ! J’ouvre la porte et engage la conversation en japonais… Il ne s’agit pas d’un Japonais. J’ai oublié le prénom de cet homme, immigré d’Asie du Sud Est qui travaille dans le commerce de fruits ici, au Japon. Son prénom ressemblait à Samir, on va donc l’appeler comme ça. Sa femme est Japonaise et ils ont un enfant, ils habitent à Mishima, petite ville dortoir de la préfecture de Shizuoka. La nuit est devenue noire ébène. Seuls les phares de la camionnette et le scintillement de la lune parviennent à se frayer un chemin de lumière dans l’obscurité. Présentations faites, on parle en anglais de tout et de rien, comme si on se connaissait déjà. On arrive après quelques kilomètres sur la ville. Mes yeux se posent sur ses lumières alors que nous continuons notre descente de la vallée. On s’arrête d’abord une fois devant le magasin où travaille Samir, qui a deux-trois choses à terminer avec son patron, qui me salue de la main. Ces formalités effectuées, on repart en direction d’un hôtel d’affaires de Mishima, où nous nous dirons au revoir. C’est dans ces conditions que j’arrive dans une nouvelle ville, en début de soirée, après plus d’une demie heure de route avec la ferme intention de l’explorer un peu avant de me reposer. J’ai une idée simple en tête : aller dans un bar et sympathiser avec des gens, dans l’espoir de trouver le gîte chez quelqu’un.

Première chose dont je vais me rendre compte : Mishima est une ville calme. Très calme. Trop calme même. Alors que j’en arpente le centre, je me rends vite compte qu’il n’y a rien. Un petit bar du coin ouvert avec un ou deux habitués, quelques commerces fermés et des habitations. Je longe la route qui me semble être l’axe principal dans l’espoir de rencontrer du monde. Je croise deux jeunes femmes qui sortent d’un parking. Elles reviennent vite sur leurs pas et m’adressent la parole : « vous êtes étranger ? » Ce que j’aime dans les villes reculées au Japon, c’est que l’on ne passe pas inaperçu et ça peut avoir du bon ! On se présente : Maiko et Ayako, la trentaine. Elles s’étaient retrouvées aujourd’hui pour sortir manger. Je leur raconte mon projet de stop et on sympathise vite. Anecdote amusante : ma destination pour demain est Shizuoka, et c’est là que vit Maiko. Elle y retourne dès ce soir. Elles me demandent si j’ai dîné, je réponds par la négative et elles m’invitent à aller manger des sushis dans le coin. En voiture !

On sort du parking et je suis dans la troisième voiture de la journée. Pour un premier jour d’essai, je trouve le résultat satisfaisant ! On arrive quelques minutes plus tard sur le parking du restaurant. On parle de la France un peu, de ce que je fais au Japon et pourquoi j’ai entrepris cette aventure en auto-stop. Je leur raconte que l’idée de rencontrer des gens sur la route était ma motivation principale, que je voulais voir si les gens allaient être réceptifs à ce que je tentais de faire. Et jusque-là, ça fonctionnait plutôt bien. Elles m’ont invité, comme les Japonais ont l’adorable habitude de le faire : ils ont déjà payé avant même que tu aies eu le temps de dégainer ton porte-monnaie… Et elles avaient encore quelque chose à me montrer.

On remonte en voiture et on part en direction de l’appartement d’une amie, absente pour le moment. Maiko et Ayako sont sur le point de me faire participer à un véritable rituel bouddhique : une prière devant un autel en bois délicatement posé contre le mur d’une pièce vide. Maiko utilise des gants blancs très fins pour toucher tous les objets nécessaires au bon déroulement du rituel. On me prête une sorte de chapelet japonais et un petit livre d’incantations, rédigé entièrement en kanjis, que je garderai en souvenir. Je ne parviens pas à tout lire et je ne comprends pas vraiment tout ce qui est dit à travers ces prières, mais une ambiance solennelle nous englobe rapidement. Je suis les gestes, les paumes des mains jointes avec le chapelet autour de mes doigts. La séance durera environ un quart d’heure, et puis nous repartons de cet appartement. Je me rappelle de l’inquiétude qu’avaient eues mes deux nouvelles amies en voyant un post-it laissé pour le fils de leur amie, encore absent, lui demandant de bien faire ses devoirs en attendant le retour de sa mère, signé maman. Je ne sais toujours pas où il était à ce moment-là, mais rien de grave n’a été à déplorer.

Ne pouvant pas m’offrir le gîte pour la nuit, je suis déposé dans un net café – sorte de grand café ouvert 24h/24 avec des petites cabines privées, des PC, d’innombrables mangas et souvent fréquentés par les « otaku » – une alternative certes moins confortable qu’un hôtel, mais bien moins onéreuse. Quoi qu’il en soit, c’est bon pour moi ! C’est ici que je dirai au revoir à Ayako, et à demain à Maiko, avant de passer la première nuit de ma vie dans un net café. Cette journée aura été bien remplie, et c’est en pensant au lendemain, à ma journée à Shizuoka, que je m’endors…

Allez, bonne nuit !

 

Jour 2 : de Mishima à Shizuoka

Il est huit heures passées. Je me réveille tranquillement et le coussin sur lequel j’étais allongé a pris la forme de mon visage. Cette nuit aura été suffisamment efficace pour que je reprenne les forces nécessaires pour repartir de plus belle. Je pars faire une rapide toilette dans les WC, et je constate une publicité pour des films destinés aux adultes au dessus de l’urinoir. Classe… Je me dis qu’en effet, ce genre d’endroit doit être réservé à une clientèle particulière. Je paye, je m’attache les cheveux comme je peux, et je sors de ce bâtiment perdu devant une grande route dans la ville de Mishima.

Les pubs sympas

Il pleut. Je n’avais pas prévu ça, surtout en cette période. Je commence à repartir en direction de l’ouest, mais la pluie s’intensifie et me force à faire un détour par le konbini du coin pour m’acheter un petit parapluie. Je me dis qu’au moins, il pourra même me servir plus tard et je reprends ma route. J’arrive à un carrefour, donnant sur une entrée d’autoroute un petit peu plus loin. Comme ça fait déjà quelques dizaines de minutes que le pouce en l’air ne fait aucun effet, j’écris sur un de mes carnets ma direction, et j’insiste sur le fait que je parle japonais : un point rassurant pour les gens qui seront plus susceptibles de s’arrêter. Sauf que pour l’instant, ça ne fonctionne pas mieux… J’ai perdu du temps à ce carrefour et personne n’a fait attention à moi. Je continue alors ma route à pieds, en contournant l’autoroute qui aurait été pour moi le meilleur moyen de gagner du temps.

« Je vais à Shizuoka ! »

L’heure tourne. Shizuoka est à 60 kilomètres, et la chance ne semble pas vouloir me sourire aujourd’hui. J’ai l’intention d’arriver aux alentours de midi pour pouvoir profiter de l’après-midi pour explorer cette ville que je n’ai encore jamais vue, d’autant plus qu’on s’était dit la veille avec Maiko qu’on se retrouverait pour dîner. Impatient, je choisis la facilité : je prends le train jusqu’à Shizuoka, depuis une petite ville que j’avais rejointe à pieds.

Jour 2 : Shizuoka

J’arrive à Shizuoka vers midi. Je n’avais jamais regardé de photos de la ville, mais je savais de ce que j’en avais entendu que c’était une ville agréable. Pas aussi grande que Osaka ou Fukuoka, Shizuoka a malgré tout des airs de grande ville. Quoi qu’il en soit, je ne savais pas à quoi m’attendre… Après toute cette marche matinale et cet échec en stop, je pars me changer dans les toilettes de la gare avant de mettre mon sac dans un « coin locker ». (casiers disponibles dans les gares, les magasins…) Je suis prêt à arpenter les rues de la ville.

Je sors de la gare et atterris sur une place immense. Shizuoka a des airs de Hollande. En arpentant les rues de la ville, je me revoyais dans celles de Rotterdam. Je trouve l’architecture de la ville très occidentale. Le temps est agréable, le ciel est couvert mais il fait bon, et le vent amène un souffle frais à la chaleur de la fin de l’été japonais. Je me rends vite compte que j’ai oublié mes chargeurs de rechange pour ma caméra dans mon sac… Je suis condamné à ne prendre que quelques rapides photos avant de n’avoir plus que ma mémoire pour me souvenir du visage de Shizuoka. Je me balade dans un parc, je vais manger des ramens dans un restaurant désert et je flâne dans les rues du centre ville qui forment une espèce de quadrillage. J’envoie un message à Maiko, qui ne me répondra qu’après avoir fini le travail, vers 19h.

Je décide d’aller voir la mer. En regardant une carte, j’ai vu qu’à quatre stations de métro se trouve un village situé au bord de l’eau. J’ai quelques heures devant moi et j’ai vu ce que je voulais voir à Shizuoka. (sauf le mont Fuji. Lui, il a passé sa vie à se cacher) Je monte dans le métro en direction de ce village inconnu. Je descends, et autant dire qu’il n’y a pas beaucoup d’étrangers par ici. Quoi qu’en y repensant, j’ai bien vu un homme noir promener son chien et passer devant une école, où tous les petits semblaient le connaître. Ça m’a fait sourire. Je pars en direction de la plage, prends une boisson dans un distributeur – je revois ce petit monsieur qui s’est excusé parce qu’il était déjà là et qu’il se prenait un café – et mes yeux entrent enfin en contact avec le bleu de l’eau. Une grande plage de cailloux gris. Pas un chat. La liberté. Je mets de la musique, je m’assois et contemple la beauté de la nature. De l’eau à perte de vue à l’horizon et des montagnes d’un vert éclatant qui se dressent derrière moi. Je me sens bien. Si bien que je vais rester ici une demie-heure, à me reposer, bercé par le claquement des minces vagues qui entrent en contact avec la roche.

La plage à côté de Shizuoka

Je me décide à reprendre la route vers la ville. Mais il est hors de question que je laisse ce village côtier inexploré. Je pars me perdre dans les ruelles de ce Japon d’autrefois, fais de nombreux détours et profite de l’ambiance qui règne ici pendant une heure. Je croise des enfants qui rentrent de l’école. Comment voient-ils la vie, ces petits Japonais qui vivent en marge des grandes villes ? J’aimerais le savoir. Je retourne tranquillement à la gare et reprends la route jusqu’à Shizuoka. Il doit être 17h30.

Le petit village côtier

Comme la nuit commence à tomber et que je n’ai nulle part où dormir, fatigué par une journée de marche, je regarde rapidement sur mon téléphone si je peux trouver une auberge de jeunesse dans le coin. Le miracle du wifi… La chance me sourit car je trouve rapidement une adresse qui correspond à mes attentes. Le site annonce cependant qu’il n’y a plus de lit disponible. Je regarde rapidement sur la carte et parviens à me repérer : j’y vais. Je vais aller poser la question directement à l’accueil de l’auberge, qui ne tente rien n’a rien. En plus, elle ne se situe qu’à une dizaine de minutes de marche ! Et puis c’est ça ou rien…

Arrivé face à la porte du 1er étage du bâtiment, je l’ouvre et débarque dans une sorte de salle d’attente avec trois fauteuils, une table basse et un comptoir. On aurait dit un cabinet de médecin. Rapidement, une jeune femme vient m’accueillir. Je lui explique ma situation désespérée et elle me sourit, me disant qu’il reste encore de la place. Je suis sauvé ! Je prends une chambre qui ne me coûtera pas grand chose mais qui sera d’une grande qualité pour moi. J’ai dormi la veille dans un net café et la semaine d’avant chez un ami qui m’hébergeait chez lui, et ça faisait longtemps que je n’avais pas eu le luxe d’un véritable lit.

L’auberge à proprement parler, toute en longueur, se trouve au deuxième étage. Il y a un espace commun sur la droite avec une guitare sèche, des livres, une table basse… Deux cabines de douche sont en face de moi, un coin cuisine et une porte qui mène vers le dortoir sur la gauche. Chaque chambre est privatisée et séparée par une mince cloison. Je découvre mon petit refuge où je pose mes affaires que j’avais préalablement récupérées à la gare, je prends une douche, et je constate sur mon téléphone que Maiko m’a répondu. On se retrouve à la gare de Shin-Shizuoka vers 20h. Il est 19h.

Je me repose une demie-heure et je commence à somnoler. La gare de Shin-Shizuoka est à un quart d’heure à pieds, je me dis qu’il est judicieux de mettre un réveil à 19h30, on n’est jamais trop prudent…

Shizuoka

 

Le point de rendez-vous

20h, on se retrouve avec Maiko. Elle a 35 ans, travaille dans la banque, a de jolis cheveux mi-longs et une corpulence assez forte pour une Japonaise. Elle est habillée de manière très élégante et porte un collier de perles blanches. Une très jolie femme. Elle m’emmène dans un restaurant italien où l’on va passer une heure. Elle a rendez-vous à 21h chez le coiffeur. (ou l’esthéticienne, je ne me rappelle plus exactement…) C’est après le dîner qu’on retourne à la gare où l’on va se dire au revoir. C’est plus un adieu qu’un au revoir, car je ne pense pas recroiser son chemin un jour, mais on préfère ne pas se le dire. Et puis, le hasard fera peut-être qu’on se reverra, qui sait. On prend des chemins différents, je retourne faire un dernier tour dans Shizuoka pour voir si la ville danse ce soir. Mais elle est calme, et une fine pluie se met à tomber. Ça ne fait rien, mes jambes commencent à avoir du mal à porter ma carcasse et la fatigue me rappelle qu’elle est là, en cognant à intervalles réguliers contre ma paroi crânienne. Je reprends la route en direction de mon auberge. Au bout d’un quart d’heure, je suis rentré.

Je fais une petite lessive rapidement et mets tout ça à sécher. Alors que je suis dans l’espace commun pour passer un coup de téléphone à Maman, une jeune femme japonaise débarque. Je raccroche, et on se présente. Elle est à Shizuoka pour un stage dans un musée. Je ne me rappelle plus d’où elle vient. Kyushu ? Hokkaido ? Et son prénom…? Voilà pourquoi je devrais toujours écrire le jour même… On parle une demie heure, je joue un peu de guitare, mais malheureusement je vais devoir écourter cet agréable instant en sa compagnie : je suis exténué. Je lui dis au revoir et je pars me coucher. Mon corps s’est rarement senti aussi soulagé que quand je me suis glissé sous ma couette ce soir là. Je mets le réveil à 9 heures, demain je pars pour Nagoya. Je ferme les yeux et sans se faire attendre, le sommeil m’emporte…

Jour 3 : l’aventure jusqu’à Nagoya

Nagoya est une ville dont j’ai beaucoup entendu parler. Et souvent en négatif… Tous les gens qui m’ont dit connaître cette ville ou s’y être arrêtés m’ont averti : il n’y a rien de spécial là-bas. Mais je préfère avoir mon propre avis. Après tout, je peux être le seul à trouver du charme à une ville dont tout le monde dit qu’elle n’en a pas. Et pour être honnête, j’ai un ami spécialiste du Japon qui adore Nagoya. (mais ça on n’en parlera que plus tard) Toujours est-il que j’ai pas mal de route à faire.

Je me lève vers neuf heures. J’ai pu dormir d’un sommeil de plomb, et j’ai l’impression d’être resté dans les bras de Morphée pendant 24h. Je vais prendre une douche, je fais ma toilette et je me prépare à partir. Je réunis toutes mes affaires, je croise la jeune femme de l’accueil et lui dis au revoir ; elle m’encourage pour mon périple. Me revoilà jeté dans la nature. Enfin… Pas encore. La gare principale de Shizuoka est à 20 minutes à pieds.

Je monte dans le métro qui part vers l’ouest. Jusque là, c’est ce qui a toujours fonctionné. Je m’arrête dans un petit « bled » isolé, que je pense être proche de la rive. J’ai vu la veille une longue route qui longe la mer, et qui part directement vers Nagoya. Si j’arrive à la rejoindre, je suis sûr de trouver quelqu’un qui va dans ma direction. Sauf que rejoindre cette route n’allait pas être une mince affaire : elle est beaucoup plus loin que ce que je pensais. J’ai mal évalué les distances, et au fur et à mesure que je progressais vers le sud, à la recherche de cette route, j’ai eu l’impression que je n’avançais pas. Au bout d’une heure de marche, je me rends compte que je n’ai pas fait la moitié du chemin. Je me dis qu’il est sûrement plus sage de continuer vers l’ouest, pouce en l’air. J’ai marché jusque midi, dans la campagne du Japon, loin de tout, et personne n’a fait attention à ma présence. Je me suis plusieurs fois assis, au bord de la route, en essayant d’attirer l’attention : rien n’a fonctionné. Mon sac commence à peser sur mon dos et la sueur causée par l’effort est fort désagréable. J’ai écrit sur mon carnet NAGOYA en gros pour me faire remarquer par les conducteurs, mais rien n’y fait. J’ai fait un détour immense, j’ai dépensé mes forces dans une marche inutile et dans une grande frustration contre moi-même. J’étais en colère de m’être perdu comme ça et d’avoir été négligeant quant aux distances et à ma préparation en ce début de journée. J’étais déçu face à un tel échec. Je suis arrivé sur le parking d’une grande surface où j’ai hésité à m’adresser aux gens pour qu’ils m’emmènent à la gare la plus proche, mais j’ai abandonné. Je voulais juste me reposer et manger un morceau. Je n’étais pas dans l’optique de parler avec quelqu’un, je voulais souffler quelques minutes…

Perdu dans la campagne du Japon

« Où suis-je…? »

J’arrive à une gare. Sur le parking de celle-ci, je m’assois et me demande : « je fais quoi ? Je prends le train jusqu’à Nagoya maintenant ? Non, c’est quand même dommage d’abandonner si vite, ça ne me ressemble pas. J’aurai honte en y repensant si je fais ça… » Alors je me dirige vers le Seven Eleven qui se trouve à deux pas de là pour manger. Je vais y rester une petite heure, assis en face de l’entrée avec mon panneau disant que je vais à Nagoya en évidence. Certaines personnes me sourient, d’autres me souhaitent bon courage, mais personne ne me vient en aide. Après cette petite heure, je reprends la route. Je me donne encore quelques kilomètres avant d’abandonner pour de bon. Je suis rassasié, j’ai reposé mes jambes et j’ai une grande bouteille d’eau remplie. Mais surtout j’ai calmé ma colère contre moi-même et apaisé mon esprit. Ce qui est crucial pour un tel voyage.

Je marche seul dans une petite ville qui a des airs de ville fantôme. De longues rues avec les trottoirs couverts, des commerces fermés, une ambiance industrielle des années 50… Et très peu de gens. Je n’avais encore pas vu de telle ambiance au Japon. Quoi qu’il en soit, c’est une misère pour l’auto-stop… Je me dirige vers la prochaine gare, dépité, en me disant que je vais aller à Nagoya d’un coup et profiter sur place au lieu de continuer à perdre mon temps. Je suis frustré après cette journée d’échecs, et il est déjà 15h. Quand soudain, la chance me sourit. Une voiture noire s’arrête à ma hauteur, la vitre s’abaisse et un Japonais en costume me dit : « vas-y, monte ! ». Étonné, je le regarde et lui demande :

« Pardon ? »
« Vas-y monte ! Tu faisais du stop tout à l’heure non ? Devant le Seven Eleven ? »
« Ah oui… Ouais c’est moi ! » lui dis-je, bafouillant un peu, secoué par ce qui est en train de m’arriver.

Je monte à l’arrière de la voiture et je découvre deux hommes en costume, la trentaine, fort sympathiques. On commence à parler.

« On t’a vu faire du stop tout à l’heure mais on était en train de bosser, on pouvait pas te prendre ! Là on a un peu de temps alors on est parti à ta recherche ! »

Je me demande comment ils m’ont retrouvé. J’avais pris l’axe principal avant de partir me perdre dans un dédale de rues commerçantes. Toujours est-il que ces deux hommes ont amené un peu d’espoir dans cette journée qui partait plutôt mal…

« Tu viens d’où ? Tu vas jusqu’où comme ça ? Nagoya ? C’est pas tout prêt ! »

Ils me posent un paquet de questions, on sympathise vite, et je n’ai pas vraiment compris s’ils avaient fini leur journée de travail ou s’ils prenaient du temps sur celle-ci pour m’aider ! Ils travaillent dans les assurances et l’un d’entre eux me raconte son voyage d’affaires aux États-Unis avec fierté. Il me donne la brochure de sa société en me disant d’en parler autour de moi. On est au Japon, la notion de « company first » est bien présente ! On s’arrête dans un konbini sur le bord de la route et ils me paient à boire avant de prendre la direction de Hamamatsu, grande ville située à une cinquantaine de kilomètres. Ils habitent visiblement dans les environs. On arrive à Hamamatsu vers 16h30, et ils cherchent sur leurs téléphones l’adresse d’un restaurant de gyozas connu de la région qui a déménagé récemment. Cette ville est réputée pour ce mets, et ils veulent absolument me le faire goûter avant que je reprenne ma route. L’hospitalité japonaise… On trouve un parking, l’un des deux en profite pour soulager sa vessie – oui, en costume, en pleine journée, dans une grande ville et sur un parking – avant d’arriver devant le restaurant qui ne va pas tarder à ouvrir et où fait déjà la queue une dizaine de personnes. On mange, on discute, on prend des photos, on s’échange nos coordonnées… La journée a subitement changé de rythme, et ça me redonne un coup de fouet pour repartir dans mon aventure d’auto-stop avant la tombée de la nuit !

Après m’avoir invité au restaurant, mes deux nouveaux amis m’accompagnent jusqu’à la gare de Hamamatsu. C’est ici qu’on va se dire à la prochaine et que je vais reprendre un train pour continuer de marcher en direction de Nagoya, vers le nord ouest cette fois. Je garderai toujours un souvenir incroyable de cette rencontre. On ne se connaissait pas, mais ils ont pris de leur temps et ont fait l’effort de partir à ma recherche pour me rendre service. L’Homme sait être bon, parfois, et j’en suis très reconnaissant. Touché, aussi.

Les fameux Gyozas

Encore un court voyage ferroviaire qui me dépose à une station inconnue. Je tombe dans une ville assez traditionnelle, avec un joli temple entouré de fortifications que j’aurai aimé pouvoir explorer. Mais je n’ai pas le temps, la nuit tombe vite et il est déjà bientôt 18h. J’ai aperçu deux hommes, sûrement un père et son fils, qui en sortaient habillés comme des baroudeurs. J’ai hésité à me joindre à eux pour marcher, mais je ne l’ai pas fait… Je ne sais pas pourquoi. Je continue donc ma route et l’obscurité de la nuit devient complète. Les lumières électriques sont venues remplacer les rayons du soleil. Et dans l’obscurité, on ne me voit pas vraiment… Je vais vite avoir l’impression d’être invisible ! Je passe par hasard dans un voisinage où j’entendais tout le monde parler portugais. Des immigrés brésiliens, peut-être ? Toujours est-il que je me demande si faire de l’auto-stop en pleine nuit va m’emmener quelque part… Je rejoins la prochaine grande ville, Toyohashi, en train. Elle est à une ou deux stations de là, et je me dis que j’aurais peut-être plus de chance là-bas.

J’aurais aimé avoir le temps d’explorer cette nouvelle ville, mais je fais la course contre le temps. Je veux absolument arriver à Nagoya. Alors je marche, je longe une grande route, je traverse un pont dans le noir, je tente de me faire remarquer… Rien n’y fait. J’arrive sur un parking et une voiture est immatriculée Nagoya. Je m’adresse au conducteur : manque de chance, il reste à Toyohashi pour la nuit… Je repars. J’arrive sur un deuxième parking, toujours un konbini. J’examine les plaques d’immatriculation avec attention (j’ai même appris à le dire en japonais : comme en anglais, « number plate ») car elles représentent un indice indispensable et utile pour mon salut. Je peux trouver des conducteurs qui viennent des villes vers lesquelles je me dirige ! Et sur ce deuxième parking, il y a bel et bien un véhicule immatriculé Nagoya. La dernière chance ? Oui et non… Le propriétaire de la voiture est dans le konbini occupé à lire un manga. Je devine que c’est lui : il n’y a pas grand monde ici et il a l’air de sortir du travail, sa veste de costume est sur le siège passager. J’attends une dizaine de minutes, mais il a l’air très concentré sur sa lecture et ne semble pas être sur le point de partir. J’abandonne. Je repars. Je me dis : « je suis sûr qu’il va sortir maintenant que je me barre… » Je me retourne. Il est en train d’ouvrir sa portière. Je fonce vers lui – et là je dois avouer que je lui ai sûrement fait un petit peu peur – et lui adresse la parole :

« Excusez-moi, bonsoir, vous êtes de Nagoya ? »
« … oui, je suis de Nagoya. »
« Je me rends là-bas, je voyage en stop, est-ce que vous rentrez aujourd’hui ? »
« Ah non, je ne vais pas à Nagoya ce soir, désolé. »
« Ah… Très bien, désolé de vous avoir dérangé, bonne soirée ! »

Et non… C’était mon dernier espoir de partir à Nagoya en stop, et c’est raté… Cette journée n’aura pas été des plus productives ! Je vais à la gare la plus proche qui porte le joli nom de Ina, et je pars pour Nagoya. Il est 21h. J’arrive à Nagoya vers 22h et je n’ai malheureusement pas trop le temps pour explorer. Je me rends dans un bar pour me reposer, boire un coup et chercher sur mon téléphone un hôtel pas cher. J’en trouve un dans un quartier peu fréquentable, derrière la gare, où les bâtiments sont ornés de publicités remplies de jolies femmes vêtues de peu de tissu. C’est rustique, un peu archaïque mais au moins j’ai un toit au dessus de la tête ! Et mon hôtel n’a pas l’air trop sinistre contrairement au premier dans lequel j’ai failli finir 15 minutes avant… qui ressemblait à un squat ! Après toutes ces aventures, j’ai bien mérité un peu de repos. Je me prends une douche et me mets au lit en pensant au lendemain. Le matin, on explore Nagoya, et l’après-midi, on essaye de trouver quelqu’un pour nous emmener à Osaka !

Jour 4 : la rencontre de l’année

Je pars explorer Nagoya juste après m’être levé vers huit heures et demies. L’accueil qui m’a été fait dans cet hôtel d’un quartier douteux était des plus qualitatifs. Une femme d’une cinquantaine d’années m’avait accueilli la veille avec un grand sourire. Et j’ai eu droit au même sourire franc quand je suis parti. Le sens du service japonais est absolument incroyable.

Je ne connaissais absolument rien de Nagoya avant de m’y rendre. Une bonne chose pour me faire une idée personnelle de la ville. Pour preuve : il y a un magnifique château là-bas et je ne m’en suis rendu compte qu’en le voyant une fois sur place. C’est dans cet état d’esprit que je sors de l’hôtel. Un bond vers l’inconnu, une fois de plus !

Il fait beau en cette matinée. Le ciel bleu est dégagé, le climat est doux, il ne fait ni trop chaud ni trop froid. Ça me fait bizarre de redécouvrir ce quartier de jour, loin des vices de la vie nocturne. Je me sens déjà plus serein. Je traverse la gare et me dirige en direction du château, musique dans les oreilles. La première impression que j’ai de Nagoya est assez neutre : c’est une grande ville japonaise, avec d’immenses rues traversées par des torrents de voitures, longées par des bâtiments qui s’étendent verticalement sur d’innombrables étages. J’ai l’impression que c’est une ville où les salary man viennent travailler. Des airs de Tokyo. Quelques quartiers ont l’air agréables mais je les survole seulement par manque de temps et préfère me concentrer sur le château, plus touristique, mais qui est je pense à ne pas manquer. L’entrée coûte 500 yens, soit 4 euros et quelques. Il y a une cantine bon marché et rapide dans l’enceinte : je prends un curry japonais avant de partir explorer l’endroit. Je suis agréablement surpris : on peut pénétrer à l’intérieur du château et on a même le droit à la vue qu’offre son dernier étage, dévoilant la ville de Nagoya sous notre regard. On aperçoit aussi des parties du toit, qui viennent ajouter un côté japonais traditionnel au paysage. Je vais passer une petite heure très agréable à arpenter les quatre coins du château et ses environs.

La vue sur Nagoya depuis son château

Le château en question

Après la visite je décide de retourner flâner dans les rues. Je passe dans un marché couvert et tombe nez à nez avec un panneau en bois sur lequel sont placardées plusieurs affiches. L’une d’entre elle m’interpelle : il est écrit en anglais « Don’t give up. You can do it! », comme si ce message m’était directement adressé après la journée que j’avais enduré la veille. C’est drôle parfois, ce que le hasard fait. D’autres appelleraient ça le destin, peut-être. Toujours est-il qu’après avoir vu ça, je me suis dit « aujourd’hui, j’arrive à Osaka en stop, c’est sûr ! » Et c’est dans cet état d’esprit que je vais monter dans un train de banlieue qui m’amènera quelques gares plus loin, en périphérie de la ville.

Un signe ?

Je sors de la gare et découvre une longue route qui part tout droit, vers l’ouest selon ma boussole — boussole qui m’aura sauvé la mise plus d’une fois pendant ce périple. Vers Osaka, donc. Je vais marcher pendant près d’une heure le long de cette route. Je prends des photos, je pense à toute cette aventure et je ne vois pas le temps passer. Je vois sur mon plan qu’un Seven Eleven se trouve à deux kilomètres. Je décide de retenter la technique du parking. C’est parti ! J’arrive tranquillement au konbini, je m’achète une glace que je savoure tranquillement au soleil. Plusieurs voitures passent, on me regarde encore, j’hésite à adresser la parole à certains conducteurs mais leur plaque ne dit jamais « Osaka ». Une femme du staff du Seven Eleven me sourit et me souhaite bonne chance. Au bout d’une bonne demie-heure arrive une camionnette blanche. Quelle ne fut pas ma surprise que mes yeux se posent sur sa plaque : OSAKA. Enfin ! Enfin quelqu’un de Osaka ! Peut-être que je vais faire la rencontre que j’attendais ! Peut-être que la chance est venue me sourire encore une fois ! Le conducteur descend, et rentre dans le konbini sans même me remarquer. Il part retirer de l’argent. « Mince… » me dis-je. Mais je ne me décourage pas : dès qu’il ressort, je vais lui parler !

Le conducteur de la camionnette ressort. Je le fixe du regard, mais il ne le croise jamais. Il ouvre la portière de son véhicule et je me dis « maintenant ou jamais ! » Je vais le voir :

« Bonjour ! Excusez-moi, vous êtes de Osaka ? »
« Bonjour. Oui je suis de Osaka… »
« Je me demandais, vous y retournez là ? »
« Euh oui… Je rentre là ! »
« Ah ! Dites-moi, je voyage en stop et je vais jusqu’à Osaka, je me demandais, il y a moyen que je monte avec vous…? » il regarde l’intérieur de la camionnette. Il réfléchit quelques secondes, tourne son regard vers moi et dit :
« Ouais, pourquoi pas ! Attends j’enlève mes affaires, je te fais de la place ! »

Ça me parait irréel. C’était aussi simple que ça ?? J’ai eu énormément de mal à avancer, j’ai parfois attendu des heures un conducteur qui ait la gentillesse de me faire avancer d’une cinquantaine de kilomètres, et aujourd’hui je croise un homme qui va me faire faire le trajet Nagoya-Osaka, soit près de 200 kilomètres, d’une traite ! Le panneau avait raison, j’ai bien fait d’y croire et de ne pas abandonner ! Je m’installe sur le siège passager, et on est partis !

Cet homme de 36 ans s’appelle Takashi. Tous ses amis le surnomment Carlos depuis qu’il est adolescent parce qu’il ne ressemble en rien à un Japonais mais plus à un Sud-Américain. Et je dois avouer avec amusement que c’est vrai ! Si je ne l’avais pas rencontré au Japon, jamais je n’aurais pu deviner sa nationalité. Je ne l’ai jamais appelé Takashi moi non plus. Il est ouvrier dans le bâtiment et il avait un chantier à Toyohashi, la ville où j’étais passé la veille. Il vient souvent du côté de Nagoya pour le travail et reste parfois plusieurs nuits sur place. C’est mon jour de chance, car c’est aujourd’hui qu’il rentre d’une de ses missions ! On va faire deux heures de route ensemble. Et Carlos va vite devenir une des rencontres les plus incroyables non seulement de mon aventure en auto-stop, mais aussi de mon séjour au Japon entier. On parle pendant le trajet et le courant passe bien. Il me parle de sa vie, de sa famille, de son travail. Il trouve ça dingue que je voyage autant. Il n’a vu de l’étranger que la Corée pendant quelques jours. On échange énormément, on s’arrête sur une aire d’autoroute une fois… Je me sens comme à la maison. Il me parle de séismes dévastateurs qui ont eu lieu quand il était enfant. Et puis on arrive sans que je m’en rende compte dans le Kansai. Les panneaux annoncent Kyoto et Osaka. Mon aventure en stop est sur le point de toucher à sa fin. Carlos va me faire rire quand il passera sur les zébras pour quitter l’autoroute et entrer dans Osaka. Il a une conduite peu commune pour un Japonais… Décidément, il ne fait rien comme les autres, et ça me plaît !

L’aire d’autoroute, SA en japonais

 

Osaka, j’arrive !

On arrive enfin sur son lieu de travail, où il va laisser la camionnette pour prendre sa voiture. Il me fait patienter une dizaine de minutes. J’en profite pour me poser et repenser à toute cette aventure que je viens de vivre. C’était absolument incroyable. Et je suis fier de moi. Je m’étais promis d’arriver aujourd’hui avant 18h pour être à l’heure : j’ai rendez-vous ce soir avec mon ami Quentin qui vit à Osaka. Et j’ai encore du temps devant moi. Je m’étais promis de faire du stop au Japon : pari réussi…

La fin du voyage

Carlos débarque dans sa voiture personnelle et me propose de venir avec lui dans un bar où il a l’habitude d’aller régulièrement. Il s’y réunit toutes les semaines avec ses amis, ils mangent et boivent, font la fête ensemble et jouent aux fléchettes après le travail. (j’ai essayé de faire une partie avec lui… il m’a explosé) Il m’invite à rencontrer ses amis qui me font un accueil on ne peut plus chaleureux avant de me laisser repartir, et je les reverrai par la suite. Nous sommes à Ibaraki, dans la banlieue de Osaka, au nord. Et je me sens vivant. Tous ces gens que j’ai rencontrés m’ont apporté tellement. Des souvenirs gravés à jamais dans mon esprit. Et Carlos est devenu un membre de ma « famille du Japon ». Un véritable ami sur lequel on peut compter. Je l’ai présenté à mon ami Ali, et c’était une sensation incroyable d’être tous ensemble, au même endroit, et de passer des moments inoubliable. Carlos m’hébergera plusieurs fois par la suite, on ira ensemble à Nara avec une amie à lui aussi… Il m’a apporté énormément et je suis content d’avoir pu rencontrer quelqu’un comme lui dans ces conditions. Je suis reconnaissant d’avoir pu faire toutes ces rencontres. Ce court périple en auto-stop se termine et c’était l’un des plus incroyables que j’ai entrepris. Il a été formidable pour mon vécu, pour mon esprit. Il m’a fait grandir. Je pense que j’en verrai d’autres…

Bien arrivés à Osaka ! Merci Carlos !

 

Ali et Carlos, la famille

J’ai quelques citations qui me viennent en tête quand je pense à cette aventure, qui viennent d’un poète de la rue que j’apprécie particulièrement, peut-être les as-tu déjà entendue : « j’ai emporté toute sorte de paquetage, j’ai fait du stop, ceux qu’ont plus rien en stock ont toujours la notion de partage. Pour changer de vie, il suffit d’un choix parfois, faut fuir les grandes villes où personne ne vit la joie ».

Toi qui a lu ce texte, si je peux te dire une chose : profite de la vie.

Rodolphe