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Serrer un moteur en Nouvelle-Zélande

 

Serrer un moteur en Nouvelle-Zélande

 

En partant en Nouvelle-Zélande avec mon frère et mes amies, je ne savais pas réellement à quoi m’attendre. C’est rhétorique chez moi : je ne prévois jamais rien avant un voyage. J’aime la spontanéité, l’inconnu. J’aime tirer une expérience personnelle unique loin des guides. Je ne me renseigne même pas sur internet, ou alors juste un peu pour ne pas être vraiment perdu les premiers jours. Mais c’est tout ! C’est dans cette optique que, visa en poche, j’arrive au pays des kiwis. Rapidement, on achète un van qui a l’air clean. Un peu vieux, mais il a l’air de bien rouler selon nous, qui ne disposons que de maigres (voire anorexiques) connaissances en mécanique. On a juste fait faire une vidange dans un garage à côté d’Auckland, et on a fait réparer les essuies-glace qui étaient défectueux. On a eu deux-trois problèmes, un peu de pluie, mais tout est vite rentré dans l’ordre. En un claquement de doigts, nous voilà sur les routes de l’île du nord, en direction du Far North.

La première partie du road-trip se déroule sans accroc, sur plusieurs jours. Le van avale le bitume et les fameuses « gravel roads » (ces routes en terre, rocailleuses, si caractéristiques de la Nouvelle-Zélande) sans aucun problème. On profite des paysages, le temps est radieux et la musique résonne. Le bonheur ! Mes yeux se posent sur un large éventail de paysages à couper le souffle. Des forêts vertes, des dunes de sable orange, de l’eau turquoise… Un paradis de couleurs. On arrive rapidement au point le plus au nord du pays : Cape Reinga. C’est là où nous allons faire demi-tour, après avoir offert à nos yeux un spectacle dont ils se souviendront. Et à nos poumons un grand bol d’air frais ! Aussitôt repartis, on retourne vers Auckland avant d’aller à la conquête du reste de l’île du nord. Prochaine étape : Coromandel !

En repartant d’Auckland, là où une amie nous a offert une aide précieuse en nous hébergeant, nous sommes prêts à continuer l’aventure. Ça fait bientôt trois semaines que nous sommes là, et à part quelques petites galères au tout début, tout se passe pour le mieux ! Le ciel est assez bas quand nous reprenons la route, bardé de nuages gris. Il devient rapidement monochrome, pesant. Bien vite, la pluie commence à tomber. On reste positifs : on trouve un camp dans la région du Coromandel pour passer la nuit en espérant qu’il fera un meilleur temps le lendemain. Les locaux avec qui je parle ne sont pas de cet avis. La pluie va durer quelques temps selon eux. C’est notre deuxième expérience avec la pluie en Nouvelle-Zélande, et elle va malheureusement nous accompagner pendant encore longtemps.

C’est une véritable tempête qui s’abat sur nous. Pendant la nuit, mon frère et sa copine ouvrent la porte du van et crient « la tente prend l’eau ! On est trempés !! Faites-nous de la place dans le van ! », ce qui a pour effet de déboucher sur une nuit peu réparatrice, nous laissant songeurs quant à la suite des événements. Et le lendemain, comme prévu, la pluie n’a pas cessé. Les nuages sont toujours aussi gris, et si bas qu’on ne distingue plus le ciel. L’escapade à Coromandel, réputée pour être une région magnifique sous le soleil, tombe à l’eau petit à petit. Comme le temps n’est pas au beau fixe — quel euphémisme, il pleut tout le temps ici — on décide de prendre une nuit ou deux dans une auberge de jeunesse à une heure de route de là. Même si on paye bien plus cher que si on dormait dans un camp, dans le van et la tente, le confort n’est pas le même et ça fait du bien d’avoir un endroit où dormir au sec et d’avoir un vrai lit pour soi. On rencontre des Français, dont Marie qui s’occupe des lieux, et Florent qui fait le tour de la Nouvelle-Zélande à vélo. (quand j’y pense, je me demande s’il a beaucoup exploré le pays maintenant que je sais qu’il a plu 2 jours sur 3 pendant qu’on y était) Mais un temps pluvieux peut aussi, parfois, avoir un côté séduisant.

Pendant que certains bossent…

Nous partons avec Florent le lendemain en fin de matinée pour Hotwater Beach. Il s’agit d’une plage qui, par endroit, cache de l’eau brûlante sous son sable. L’activité volcanique à cet endroit lui vaut cette particularité et attire tous les jours beaucoup de monde. Sauf que ce jour-là, même s’il ne pleuvait pas encore, le temps n’avait pas l’air d’avoir l’intention de changer d’humeur… C’est donc ce qui explique pourquoi il y avait moins de monde sur cette plage que d’habitude. Ce qui est une bonne chose ! On a pu profiter des bains chauds naturels tranquillement, et surtout différemment. Étonnamment, avec la pluie qui se met à tomber, une agréable atmosphère s’installe : nous sommes au chaud dans l’eau volcanique, dans ce petit jacuzzi naturel que nous avons creusé alors que la pluie nous tombe dessus. On passait un très bon moment, jusqu’à ce que la pluie s’intensifie et que les gouttes se mettent à tomber comme des lames de couteau. Quand ça a commencé à devenir vraiment désagréable, je me suis levé pour courir jusqu’au van. Les autres n’allaient pas tarder à faire de même.

On repart donc de Hotwater Beach avec un bon souvenir. On est plutôt satisfaits de pouvoir se dire que l’on a passé de bons moments malgré la pluie. Ou grâce à la pluie, même. On repart pour l’auberge afin de ramener Florent avant de reprendre la route vers le sud. On décide d’abandonner Coromandel. On a regardé les prévisions météos, et le soleil ne compte pas refaire surface avant plusieurs jours par ici… Il fait un meilleur temps plus au sud, apparemment, alors on part pour fuir la grisaille ! On décide de longer la côte est du pays et d’aller vers le lac Taupo. En cours de route, on s’arrête pour faire de l’essence sous la tempête que fait de nouveau rage, dans une toute petite ville qui s’appelle Waihi. Cette ville ressemble aux autres petites villes de Nouvelle-Zélande (qui se ressemblent toutes), mais elle a un petit quelque chose de différent. On se serait bien posés un petit moment pour en faire le tour, mais le temps en décide autrement… Alors on continue vers Katikati, qui se trouve à une quinzaine de kilomètres.

Waihi sous le ciel gris

Je suis sur le siège passager et c’est mon frère qui conduit. Je suis un peu fatigué, les événements de ces derniers jours nous ont vraiment épuisés. Je recule un peu le siège et prends un coussin afin de caler ma tête entre le siège et la portière, en me disant que j’allais me reposer un peu en me laissant bercer par le bruit de la pluie qui tombe, quand un étrange bruit mécanique se fait entendre. Ça vient de devant. Pendant quelques secondes, je me concentre pour être sûr de bien entendre, et me demande si je ne devrais pas dire à Baptiste de freiner ou de s’arrêter car quelque chose semble aller de travers. Au bout d’une dizaine de secondes, alors que je suis sur le point de me redresser, tout s’arrête. Le moteur fait un bruit assourdissant, comme si des chaînes en aciers se percutaient, et le contact se coupe soudainement. Mon frère, surpris, utilise la vitesse que nous avions pour se mettre sur le bas côté. Lui aussi avait senti que quelque chose allait arriver. On essaye de redémarrer le van. Rien. La batterie, peut-être ? On n’y pense qu’une seconde. Elle est neuve, et ce n’est évidemment pas ça qui aurait causé un tel problème. On essaye tout, on ouvre le capot, on ne comprend pas. Alors ça y est, nous voilà sur le bord de la route, en sortie de virage et sous la tempête alors que le soleil est sur le point de se coucher. Qu’est-ce qu’on fait ?

Nous sommes tous les quatre dans le van. Le silence est pesant, rompu par quelques rires nerveux. On réfléchit. Les fenêtres sont recouvertes d’humidité à cause de la condensation. On ne sait pas vraiment quoi faire, on redoutait que quelque chose comme ça ne survienne. On avait déjà croisé d’autres voyageurs qui avaient dû payer une fortune pour réparer leurs voitures, et on était content d’être épargnés jusque-là. Mais il fallait se rendre à l’évidence, c’était à notre tour… Alors on appelle l’assurance :

Baptiste : « Allô ? Bonjour, je viens d’avoir un problème sur la route et je suis bloqué, est-ce que vous pouvez faire quelque chose ? »
La femme de l’assurance : « Bonjour, est-ce que vous avez eu un accident ou s’agit-il d’un problème mécanique ? »
« C’est un problème mécanique, je suis tombé en panne sur la route entre Waihi et Katikati et le moteur ne démarre plus. »
« Ah, malheureusement s’il ne s’agit pas d’un accident on ne pourra pas faire grand chose. »
« Pardon ? Bon, d’accord, est-ce qu’on peut au moins avoir une dépanneuse, dans ce cas ? »
« À cette heure-ci… Essayez ce numéro, ils seront sûrement disponibles dans votre secteur. »
« D’accord, très bien, je vais faire ça. S’ils ne répondent pas, je vous rappelle ? »
« Non, allez plutôt sur Google pour trouver une dépanneuse. »
« Sur Google ? D’accord, ok… Merci, au revoir. »

On nous a quand même dit d’aller voir sur Google. On est perdus au beau milieu de nulle part en Nouvelle-Zélande, en pleine tempête avec un van qui ne redémarre pas, et notre assurance nous dit d’aller chercher une dépanneuse sur Google. Je n’arrive toujours pas à y croire… Déjà que mon frère déteste les assurances parce qu’il a l’impression de jeter l’argent par les fenêtres, là il avait une bonne raison d’y croire. On appelle donc une dépanneuse, on peine à lui donner notre emplacement, et normalement elle prend la route. Au bout de vingt minutes, un couple de locaux nous voit et s’arrête pour s’assurer que tout va bien. Ils ont eu peur qu’on ait eu un accident à cause du mauvais temps. Il s’agit d’un couple d’une cinquantaine d’années. Ils rentraient chez eux. Des gens adorables : ils ont rappelé la dépanneuse pour s’assurer qu’elle était bien sur la route et nous ont dit qu’ils resteraient avec nous jusqu’à ce qu’elle arrive… Avant de partir, l’homme nous laisse sa carte de visite avec son numéro de téléphone au cas où on ait besoin de quoi que ce soit ! Et puis ils repartent, nous laissant avec l’énorme véhicule de dépannage qui venait d’arriver.

Le dépanneur est un homme qui doit avoir la cinquantaine. Il a un accent terrible, mais il est très sympathique. Les filles restent dans le van, faute de place dans le camion, pour leur plus grand bonheur. (la panique) Il nous sort de là et nous ramène à Waihi, sur un parking proche de l’un des seuls hôtels de la ville. La pluie est toujours aussi intense, et l’obscurité n’est habillée que par les réverbères de la ville. On doit payer la « course » 90 dollars, et on part avec nos affaires en direction de l’hôtel qui se trouve à deux pas de là. Un couple de Chinois nous y accueillent. Ils n’ont que deux chambres doubles à 35 NZD par personne : on les prend. C’est pas comme si nous avions vraiment le choix… Il est temps de se mettre au chaud, manger, se doucher et se reposer. Demain est un autre jour…

***

Le lendemain, on doit chercher une solution. La pluie a été si forte que l’alarme des pompiers a retenti vers 1 heure du matin : une rivière à une dizaine de kilomètres a débordé, emportant des véhicules et menaçant la sécurité de plusieurs centaines de personnes qui s’étaient réunies là pour un festival. Les Néo-Zélandais nous disent qu’ils n’avaient pas revu pareille tempête en 150 ans. Je sais que j’attire la pluie quand je voyage, mais là vraiment… Baptiste s’est levé pour aller voir le moteur du van. Il n’y a plus d’huile… Le garagiste que nous avions vu avait fait une vidange et installé un nouveau filtre, et un tel problème surgit trois semaines plus tard. On commence à douter de la fiabilité de cet homme… Mon frère a acheté plusieurs bouteilles d’huile, en espérant que ce soit la source du problème. Mais rien n’y fait, le moteur semble être mort. Pire : il a mis un peu trop d’huile, donc on décide ensemble de vider un peu le réservoir dans un seau. Mon frère est couché sous l’eau qui tombe toujours aussi fort, sur le bitume trempé. Beaucoup d’huile se déverse à côté, et peint le sol du parking d’un énorme arc-en-ciel pétrolier. Le plus drôle dans tout ça, c’est que le temps a attendu ce moment précis pour mettre un terme à la pluie qui tombait. Une petite éclaircie survient, juste au moment ou nous aurions bien eu besoin de la pluie torrentielle, qui jusque-là n’avait pas cessé de tomber une seule seconde. Le parking déborde d’huile moteur, et nous sommes plantés là. C’est une véritable blague… Je vais voir le garagiste d’à côté en lui expliquant le problème, il me répond qu’il n’a pas le temps et qu’il viendra voir lundi. Nous sommes samedi midi. Il est assis sur sa chaise à l’accueil du garage, à une dizaine de mètres du van. Mais au moins, il me dit, après ma description du bruit que fait le moteur que ce n’est pas bon signe… Merci, Einstein. On repart pour deux nouvelles nuits à « l’hôtel des Chinois », avec un maigre espoir que l’on puisse encore réparer le van.

L’hôtel

La vue d’ici

Le week-end passe. Nous croisons un duo de Français qui était au festival. Leur van aussi, est dans un sale état. Ils passent les deux nuits dans le même hôtel que nous. L’un des deux est toujours dans le festival, il a dû consommer un peu plus que de l’eau. La pluie tombe toujours, mais s’est un peu calmée. Les deux jours passent, nous profitons de la wifi de l’hôtel, on fait le tour de la ville… Et lundi arrive. Les jambes affaiblies par la nervosité, je me rends au garage. Le garagiste vient jeter un coup d’oeil. Son verdict est radical : le moteur est mort. Autant envoyer le van à la casse selon lui. Changer le moteur coûterait bien trop cher. On s’y attendait, mais ça ne change rien. On est assommés. Et très écoeurés. On ne sait pas quoi faire. On retourne à l’hôtel où l’on croise les Français, avec leur van. Il a redémarré. Ils font du ménage et s’apprêtent à reprendre la route. Je suis content pour eux, mais je ne peux m’empêcher de penser égoïstement, « pourquoi eux et pas nous ? » Nous, on se rend à l’évidence : le van part à la casse. Alors du coup, pour amortir les frais de logement à Waihi, on se met à revendre nos affaires. On commence avec le duo d’amis qui récupère notre matelas en mousse et notre literie pour 50 NZD. Là on pensait faire une bonne affaire, mais ici le moindre matelas en mousse ne coûte pas moins de 150 dollars. 150 balles pour un gros bout de mousse… On trouve ça absolument absurde. Quoi qu’il en soit, pour le moment, on ne pense qu’à vider le van. Et puis ces deux jeunes nous parlent d’un garagiste très sympathique, à quelques rues de là. Comme on veut vendre notre batterie qui est toute neuve, on décide d’aller le voir…

Waihi, axe principal

On part donc vers le garage. Le beau temps semble être revenu, le ciel est dégagé et le soleil réchauffe notre épiderme. On arrive à la réception où nous accueille une femme, petite, souriante, avec un carré. Elle a les cheveux gris et des lunettes, et a l’air très sympathique. On lui raconte alors rapidement notre mésaventure, et nous demande d’attendre que le patron arrive. Après quelques secondes arrive un homme, début cinquantaine, au physique trapu (pour ne pas dire solide). Il est grand, chauve et porte une moustache qui descend jusqu’à son menton. (C’est en forme d’aimant, ça a sûrement un nom…) Il s’appelle Craig, et c’est la personne la plus formidable que nous ayons rencontré de tout ce voyage.

Craig écoute notre histoire et nous dit, tout en riant, de nous calmer et de réfléchir à une solution. Il est très sympathique, amical même, et ne fait que des blagues. On arrive rapidement à la conclusion que, changer le moteur si on en trouve un pas cher est une bonne solution. Acheter un autre van, si tant est qu’on en trouve un qui aille, c’est risquer d’autres galères, et louer c’est payer plus cher sans avoir quoi que ce soit à revendre en partant. Il se renseigne sur notre moteur, nous dit de prendre des photos à lui montrer avant de voir avec ses confrères s’ils en ont un qui puisse coller. Il lance une annonce, ou plutôt un appel en ligne et nous dit de repasser en fin d’après-midi. Quand on revient, mauvaise nouvelle : il n’y a eu qu’une seule réponse et le moteur ne correspond pas à notre van. Tant pis, on attendra demain matin… Retour à l’hôtel.

Le garage de Craig

Le van sans vie

 

Le matin suivant, Craig tient un moteur qui peut aller. Il est cher, plus de 2000 dollars, mais ça peut le faire. Et puis il a beaucoup moins de kilomètres au compteur que celui que nous avons détruit. Il appelle pour se renseigner. Entre temps, il nous dit qu’il va aller récupérer le van et nous demande où il est garé. On lui indique. On remorque le van jusqu’au garage, et Craig jette un oeil. Quand il tente de le faire démarrer, en entendant le cri de douleur de la voiture, il s’écrit : « oh, poor beast! Yeah, it’s absolutely dead, kapout! » *  et rigole. Il détend l’atmosphère, et nous en avions besoin… On cale le van dans un endroit du garage où il y a de la place. Il y a trois autres mécanos  ici : deux jeunes hommes, un grand aux cheveux longs et un petit trapu barbu, ainsi qu’une jeune femme, blonde aux cheveux longs. Ils sont tous très gentils et on apprend même que Jacob, le plus petit des deux, fait du BMX. Avec mon frère, on va au skate-park avec lui le soir-même. Il y a plein de petits du coin là-bas, on passe un bon moment. Enfin un peu de détente !

On parle avec Craig en fin de journée, et il nous demande où nous dormons. On lui répond qu’on passe nos nuits dans l’hôtel du coin. Il nous propose alors de nous héberger, à l’étage du garage. Au début, on n’est pas sûrs de comprendre. Mais il a bien dit ce que nous avions entendu : il nous laisse le garage pour nous. À l’étage, il y a une petite cuisine, des toilettes et un espace aménagé qu’ils utilisent pendant leur pause. On accepte avec plaisir, à condition qu’il ne range pas exprès pour nous. C’est un peu le bazar, mais c’est un garage après tout. Et puis il a des matelas, une télé… Pour nous, c’est parfait. Comme nous avions réservé une dernière nuit d’hôtel, on lui dit que nous viendrons nous installer le lendemain. Marché conclu. Sauf que le lendemain, problème… Il avait tout rangé ! Cet homme est littéralement tombé du ciel. Des gens qui ont le coeur sur la main comme lui, on n’en croise pas tous les jours…

Nous allons rester environ 5 jours ici, dans le garage de Craig. Il nous a laissé la clef, la porte étant fermée avec un grand cadenas. Il nous demande juste de venir lui ouvrir à 7h. Il nous fait entièrement confiance. Je crois rêver… Pour la faire courte, Craig nous aura offert un logement gratuit, prêté une voiture pour nous dépanner deux jours, offert à manger, proposé d’aller pêcher avec lui… Et il nous a changé le moteur en nous faisant passer le WOF — la certification du véhicule qu’il faut renouveler tous les 6 mois, à moindre coût. Il s’est mis en 4 pour nous venir en aide, et je lui serai à jamais reconnaissant pour tout ce qu’il a fait. On lui a offert des bières avant de partir, qu’on a bues tous ensemble. Des souvenirs gravés dans ma mémoire. La facture était salée, 5300 dollars, (heureusement qu’on voyage à quatre) mais au moins on a pu repartir. Et on n’a pas eu le moindre problème pendant tout le reste du voyage. Je me rappellerai toujours la citation qui figurait sur la devanture du garage de Craig : « a bad attitude is like a flat tyre. You can’t go anywhere until you change it! » **

Notre nouveau chez nous pour 5 jours

Opération à coeur ouvert

Nous serons restés un total de 10 jours à Waihi. Ça parait peu, mais pour nous c’était très long. Un véritable ascenseur émotionnel. Quoi qu’il en soit, c’est la ville qui m’aura le plus marqué en Nouvelle-Zélande. Je me suis dit qu’il fallait marquer le coup, ramener un souvenir spécial, alors je me suis fait percer les oreilles là-bas. Comme ça, je ramène dans ma peau un souvenir de Waihi, la ville où travaille Craig. J’ai fait un Polaroïd aussi, qui sera très particulier dans ma collection. Il y a quelques anecdotes amusantes qui se sont déroulées quand nous étions là-bas, comme les locaux qui nous reconnaissaient au bout de quelques jours où les pompiers qui sont venus au garage le soir après un appel leur disant que des intrus s’étaient glissés dans le garage…

Voilà comment se termine cette aventure. Le moteur est changé, le portefeuille est vidé, mais le coeur est rempli. Voyager, c’est passer par des mauvaises passes, mais c’est surtout s’en sortir, se débrouiller. Ne jamais abandonner. Et rencontrer des gens formidables, que l’on oubliera jamais. En Nouvelle-Zélande, quand on achète un van, le pourcentage d’avoir une grosse galère est élevé. Nous en avons fait les frais. Mais avec le recul, si nous n’avions pas eu ce problème, — ou si nous l’avions eu ailleurs — jamais nous n’aurions connu Craig. Et ça aurait été vraiment dommage…

Rodolphe Miez

Oh, pauvre bête… Ouais, il est complètement mort ! Kapout !
** Un mauvais comportement, c’est comme un pneu crevé, on ne peut aller nulle part avant de l’avoir changé

On aurait pu utiliser cette voiture, sinon…