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Retrouve-moi autour du monde

Une rencontre improbable à Bangkok

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Le fou de Bangkok

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Cet article est un petit carnet pour raconter un souvenir de voyage. Pour que je me souvienne toujours de cette rencontre si improbable et pour que mes amis puissent en profiter aussi… Bonne lecture !

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Thaïlande, août 2016. Nous avons décidé de partir explorer ce nouveau pays asiatique avec mes amis sans raison particulière. Juste une envie, encore une fois, de faire un saut vers l’inconnu. C’est dans cette optique que nous bouclons nos valises — ou plutôt nos sacs à dos, avant de partir à l’aventure !

J’ai un ami thaïlandais que j’ai rencontré en Angleterre il y a 5 ans de ça qui habite à Bangkok et que je n’ai pas revu depuis. Je lui dis que je pars explorer son pays : on arrange des retrouvailles. Je ne connais rien de la Thaïlande, mais y aller avec mes meilleurs amis et retrouver un pote de Manchester sont plus de raisons qu’il ne m’en faut pour être surexcité à l’idée de partir vagabonder en terre inconnue ! Le voyage commence…

J’arrive d’abord avec Rémi. J’atterris une heure avant lui à l’aéroport de Bangkok et profite de la connexion wifi pour l’attendre tranquillement. Je traîne sur internet, j’annonce que je suis bien arrivé et rapidement je le vois débarquer, quelques dizaines de minutes plus tard. Les retrouvailles sont chaleureuses, on a plein de choses à se dire et il a ses fameuses béquilles à cause de sa cheville accidentée. Elles auront rendu ce voyage encore plus mémorable… Un véritable duo d’aventuriers du dimanche ! Le plus drôle, c’est que l’on va passer les trois premières nuits ensemble, dont les deux premières dans un hôtel cinq étoiles… (que l’on va mettre deux heures à trouver, à pieds, sous la chaleur de l’été thaïlandais avec nos affaires et ses béquilles) Pour faire bref, Rémi a eu des réductions incroyables suite à une promo sur internet et avait décidé d’inviter sa petite amie qui devait alors passer le séjour avec nous. Pour divers problèmes personnels, celle-ci a dû, au dernier moment, annuler sa venue au pays du sourire. Mais comme la chambre était déjà payée, c’est naturellement à moi qu’est revenu l’honneur de partager la chambre ! (évidemment) Je ne sais pas ce qui était le plus drôle : le regard de ces clients très aisés du Moyen Orient et de Russie qui nous ont vus arriver habillés n’importe comment, comme déjà prêts à vagabonder, ou celui de la jeune femme de la réception qui nous a demandé l’air dubitatif « oui…? Puis-je vous aider ? ». Elle avait l’air si surprise quand Rémi lui a dit qu’il avait une réservation à son nom ! C’est vrai qu’en comparaison avec les autres clients, on ne se fondait pas vraiment dans le décor… D’autant plus qu’après avoir ces deux mecs arrivés à son comptoir, Rémi lui dit « on a une chambre », et elle constate qu’il n’y a qu’un un lit king size unique dans celle-ci. Elle nous a alors demandé « vous souhaitez un seul lit ou deux…? ». Et c’est en éclatant de rire que nous lui avons répondu en choeur « deux lits, ça serait sympa ! ». Une arrivée plutôt mémorable.

Voilà comment s’est déroulée notre arrivée dans la capitale thaïlandaise où notre séjour allait durer un peu plus d’une semaine, avant d’aller à Phuket. La troisième nuit se passera dans l’auberge de jeunesse que j’avais à la base réservée pour trois jours avant que nos deux autres potes, Djibril et Pépito (c’est son surnom, sinon ça fait deux Rémi et c’est compliqué pour raconter) ne nous rejoignent et que l’on pose nos affaires dans l’appartement que nous allions occuper pour la semaine. Nous avons visité les environs de notre quartier, nous nous sommes baladés avec des jeunes rencontrés dans l’auberge de jeunesse, j’ai retrouvé Gun le temps d’une journée dans le plus grand marché de la ville… C’était la saison des pluies lorsque j’étais en Thaïlande, mais on a quand même eu la chance d’avoir du beau temps. Même si quand la pluie décide de s’abattre sur nous, elle ne fait pas semblant… Gun voulait nous emmener dans un bar traditionnel après que nous ayons mangé tous ensemble dans un quartier animé de la capitale, quelques jours après notre découverte du marché. Mais la pluie torrentielle en a décidé autrement. Ça ne fait rien, j’ai eu l’occasion de revoir mon pote deux fois, et ça me permet de me rendre compte de la chance que j’ai d’avoir des amis tout autour du monde. Voyager offre tellement de belles rencontres ! Mais la rencontre la plus folle que nous ayons faite à Bangkok, ça reste celle avec Serge…

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La Thaïlande

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En vrai il ne s’appelle pas Serge. On n’a jamais su comment il s’appelait, d’ailleurs. Il a souhaité gardé le secret. Mais nous, on l’a baptisé Serge. (en référence à la série « Serge le mytho ») Comment vous décrire ce phénomène… C’est un homme d’une cinquantaine d’années qui doit mesurer près d’un mètre quatre vingt, il est très fin, porte un chapeau qui cache ses cheveux qui se dégarnissent sur le dessus du crâne, une barbe bien fournie et il porte des lunettes rondes. Il avait aussi son fameux polo bleu marine « France » quand nous l’avons rencontré, avec les anneaux olympiques. Et en parlant des Jeux Olympiques, il nous a dit — photo à l’appui — qu’il avait été vice champion de patinage artistique en 1992… Nous ne l’avons jamais retrouvé sur internet, mais il avait des flyers pour signer des autographes et était résolument sûr de lui. Il nous a d’ailleurs montré plusieurs photos sur son téléphone prises en compagnie de gens célèbres, tel que Nicolas Sarkozy !

Serge vit dans un autre monde. Ça faisait déjà deux ans qu’il vivait à Bangkok quand nous l’avons rencontré, et il avait l’air tellement heureux. Fou à lier, mais heureux. Je ne sais pas ce qu’il avait pris ce soir là ou s’il est naturellement comme ça, mais il était tellement lunatique… Il passait du coq à l’âne tout le temps, il racontait tout et n’importe quoi et il y a même des fois où l’on s’est vraiment demandé « mais qu’est-ce qu’il raconte…? », notamment quand au milieu de rien il nous regarde et nous dit : « ah, demain je reçois le coffre-fort ». Je dois bien l’admettre, nous n’avons pas eu de conversation très intelligentes avec lui, mais qu’est-ce qu’on a rigolé… On n’a jamais su ce qu’il faisait en Thaïlande. D’où il venait, où il comptait aller… Rien ! Mais il nous a quand même « invité » chez lui. Proposition que nous avons malheureusement du éviter pour des raisons évidentes de sécurité !

Nous étions en train de nous promener dans des magasins dans le coin de Khao San Road (rue très touristique de Bangkok où beaucoup d’étrangers se retrouvent pour faire la fête dans des bars animés, et proche de nombreuses auberges de jeunesse) et je crois que c’est Rémi qui lui a d’abord parlé. Comme on parlait français, il nous a remarqués. Au début on a essayé de l’éviter et de gentiment répondre par oui ou par non, mais il nous a vite fait comprendre qu’il avait beaucoup de choses à dire. Comme on allait faire un massage par la suite, on s’est dits qu’il allait nous laisser tranquille à ce moment-là. Bien sûr ! Il est surtout venu avec nous ! D’ailleurs c’est Djibril et Pépito qui ont eu la chance de l’avoir avec eux ! Rémi et moi avons fini à l’étage, au calme…

Ensuite nous voulions aller boire un ville entre nous. On a traîné dans les alentours et Serge a décidé de nous suivre. On a croisé un groupe de jeunes qui étaient en voyage avec le lycée. Alors oui, moi aussi j’ai été surpris (choqué, même) de voir qu’un lycée envoie ses élèves en Thaïlande… Surtout en août. Mais bon, soit ! Serge abordait tout le monde dans la rue, n’importe qui. Certains jouaient le jeu, d’autres étaient franchement contre cette idée. On a vu bon nombre de bars, il nous a présenté des Thaïlandais qui selon lui étaient ses amis qui ont voulu nous donner de la nourriture. J’ai gentiment refusé, on aurait dit de petits coquillages blancs remplis de sang… Pépito et Rémi ont tenté le coup, et j’ai bien fait de laisser tomber ! Ça n’avait vraiment pas l’air bon… Mes potes étaient dégoûtés ! Ensuite Serge nous a fait quelques pas de danse avec un lycéen, et on a fait tout ce qui était en notre pouvoir pour qu’il nous laisse enfin tranquille. C’était amusant de l’écouter raconter ses bêtises, de le voir faire n’importe quoi, mais on voulait quand même finir par aller boire ce verre qu’on attendait depuis déjà deux heures !

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Sanctuaire

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 Alors on est restés plus d’une vingtaine de minutes à négocier notre liberté. Serge nous a montré un bon nombre de photos improbables sur son téléphone, il nous a parlé encore de ces bars si sympas qu’il connaissait, il a cassé son parapluie multicolore en l’ouvrant pour me montrer — à quoi il a réagi avec sa phrase désormais culte « oh putain merde qu’est-ce qu’il s’est passé ? ». Toujours est-il qu’après avoir tout fait pour nous emmener chez lui et avoir essuyé de nombreuses défaites, il tente de nous faire promettre de venir le lendemain. Chose qui n’arrivera pas non plus. Même si je doute qu’il se souvienne de cette conversation… Quoi qu’il en soit, c’est là-dessus que nous allons laisser Serge vaquer à ses occupations nocturnes. Je suis persuadé qu’il a trouvé de nouveaux compagnons de route à qui tenir la jambe !

En ce qui nous concerne, nous avons fini la soirée en écoutant des groupes thaïlandais qui faisaient des reprises de Bob Marley en buvant une bière dans des rues animés du coin. Une soirée formidable, entourés de gens du monde entier et de locaux qui s’étaient tous regroupés au même endroit pour la même raison : passer un bon moment en écoutant de la musique. Une des joies simples de la vie, j’imagine… Merci Serge pour ce passage mémorable de notre voyage en Thaïlande. Je reviendrai.

Rodolphe

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J’avais fait une vidéo pour illustrer mes propos et montrer notre rencontre avec Serge. Sur YouTube, certaines personnes qui me suivent m’ont dit qu’ils étaient déçus et qu’ils trouvaient que cette vidéo était méchante, que l’on se moquait de Serge, qu’on riait de lui et pas avec lui. On m’a aussi dit que c’est dommage de juger les gens comme ça. Ma démarche n’était pas du tout celle-ci, et je n’ai pas pensé une seconde que je lui manquais de respect, que je le jugeais ou encore que je me moquais. On a passé un moment assez incroyable tous ensemble et c’est un très bon souvenir.

Mais je peux comprendre, avec le recul, que ça ne passe pas avec tout le monde et que l’on puisse y voir de la moquerie pure et simple. Gratuite. J’ai donc passé ma vidéo en privé, pour qu’elle ne soit partagée qu’avec mes amis qui étaient avec moi ce soir-là. Je ne souhaite offenser personne et je ne veux pas donner l’impression de faire passer des valeurs / messages dégradants. Ce n’est pas moi. Les valeurs que je veux transmettre à travers mes vidéos sont le respect et la tolérance, entre autres. Alors j’assume et j’apprends de mes erreurs. 

Merci de me dire gentiment quand je fais un mauvais pas. Du coup, je vais mettre de la musique à la place, comme d’habitude. Pas vraiment en rapport avec l’article, mais juste parce qu’elle me plaît !

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