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Les gens bien existent

 

Les gens biens existent

Dans un monde où beaucoup privilégient leur propre confort sans se soucier du sort des autres — voire parfois même aux dépens des autres, il est important de se souvenir qu’il existe encore des personnes vraies, qui se distinguent par leur gentillesse et leur simplicité. Des âmes pures, qui n’hésitent pas à donner sans attendre en retour. J’ai la chance de rencontrer certaines de ces personnes pendant mes voyages, et aujourd’hui je veux partager avec vous ce qu’elles m’ont offert. Pour leur faire honneur en quelque sorte…

Au fil de mes voyages j’ai l’occasion, ou plutôt la chance même de rencontrer beaucoup de monde. Des gens que je n’aurais jamais pu rencontrer autrement. Des rencontres éphémères, le temps d’une soirée ou d’une après-midi. Des compagnons de voyage qui partagent avec moi ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont vécu, leurs anecdotes et leurs sentiments autour d’un verre. J’ai passé des soirées avec des gens dont je n’ai même jamais connu le nom, mais dont les visages resteront fidèlement gravés dans ma mémoire. Je me rappelle d’une soirée en particulier, en Nouvelle-Zélande, lorsqu’une tempête nous immobilisaient mes compagnons et moi dans l’hôtel d’une petite ville alors que notre van dormait au garage après que le moteur nous ait lâchés… Le vent soufflait dehors. J’étais au réfectoire avec mon amie Virginie, et un groupe de jeunes débarque vers 21 heures. Ils venaient d’un peu partout, d’Argentine, de Corée du Sud, du Japon et de Thaïlande. Ils faisaient beaucoup de bruit et jouaient à des jeux. J’ai décidé de les rejoindre au bout d’une petite heure, et on a passé la soirée à s’amuser ensemble. Ça m’a fait du bien, déjà parce que je rencontrais de nouveaux visages, mais aussi parce que ça m’a fait oublier l’espace de quelques heures tous les problèmes que j’avais à résoudre. J’avais la tête vide et j’essayais de parler dans leurs langues, d’en apprendre un peu sur eux avant qu’ils ne partent se coucher et ne disparaissent le lendemain, comme les feuilles qui se séparent de leur branche pour partir au vent.

J’ai rencontré des femmes aussi, qui m’auront fait prendre conscience de choses diverses et qui m’ont aidé à grandir, à mûrir, à devenir qui je suis. De jolis souvenirs mais aussi de douloureux chapitres de ma vie qui ont façonné celui que je suis aujourd’hui. Et puis il y a ces personnes spéciales, sans qui ma vie ne serait vraiment pas la même. Celles qui ont eu un véritable impact dans mon existence, comme un abri qui vous ouvre ses portes au beau milieu d’une tempête battante. Des personnes qui me prouvent avec leur gentillesse que des gens humains, qui font le bien sans arrière pensée existent encore. C’est de quelques unes de ces personnes, qui valent plus pour moi que tout l’or du monde dont je veux vous parler aujourd’hui.

Mutz.

Mutz, c’est mon amie photographe de Tokyo. Je l’ai rencontrée au début de l’année 2016 via un ami qui voulait tenter de devenir « model » au Japon. C’est elle qui avait fait son shooting. Un jour, il m’a dit que je devrais moi-même essayer, que peut-être je pourrais rentrer dans les critères. Je n’avais jamais pensé à faire ça, mais je me suis dit pourquoi pas. Après tout, je venais d’arriver dans la capitale nippone alors autant sourire à toutes les opportunités ! Si bien qu’un jour, après avoir pris contact avec Mutz, on s’était donné rendez-vous à la gare de Ikebukuro ; grand quartier populaire au nord-ouest de Tokyo. Et je me souviendrai toujours de la première chose qu’elle m’a dit ce jour-là, quand on s’est rencontrés : « tu fais plus grand sur les photos ! » Ça m’a amusé. Et ça a tout de suite brisé la glace. Après le petit shooting urbain improvisé, on est allés boire un verre avant de repartir chacun chez soi. J’étais alors loin de m’imaginer que cette première rencontre allait déboucher sur un véritable amitié.

Mutz a un peu plus de 40 ans. Elle a vécu 11 ans à Brighton, en Angleterre et puis 2 ans en Amérique du Sud, principalement au Pérou avant de retourner au Japon. Elle a beaucoup voyagé, a travaillé à droite à gauche et a depuis toujours une passion pour la photo qu’elle exerce aujourd’hui professionnellement en faisant des petits boulots ci et là. Tout le monde l’appelle Mutz, qui est un diminutif de Mutsuko. Elle habite dans un appartement du quartier d’Ikebukuro, au huitième étage avec terrasse et depuis lequel on a une vue incroyable qui surplombe la capitale. On y voit distinctement le très populaire quartier de Shinjuku au loin qui habille l’horizon de ses grandes tours de verre et de ciment. J’ai passé d’innombrables soirées sur cette terrasse, des nuits blanches à refaire le monde jusqu’à ce que le soleil vienne pourfendre le ciel de ses rayons de lumière à l’aube. Quand mes amis venaient me rendre visite à Tokyo, je leur présentais Mutz et on partait faire la fête dans les quartiers animés de la ville avant de rentrer à Ikebukuro. On mettait alors de la musique, on sortait des bières et des conversations brûlantes animaient nos soirées. On parlait de tout. Pour moi, Mutz n’est Japonaise que sur sa carte d’identité. On parle toujours en anglais, et elle est très ouverte d’esprit grâce à sa personnalité et à son vécu. Elle n’a rien d’une personne japonaise à qui la société impose des tabous, des sujets que l’on évite d’aborder. C’est aussi pour ça que j’apprécie nos conversations.

Premier shooting avec Mutz

J’ai bien sûr aussi passé des journées dans cet appartement à travailler, à aider Mutz pour ses shootings, et j’ai fini par lui servir de model pour tous ses projets. J’ai rencontré beaucoup de gens grâce à elle, et certains sont même devenus des amis. Des photographes, des maquilleurs, des artistes… Et si Mutz est si importante pour moi, c’est aussi parce qu’elle a rendu mon voyage à Tokyo joyeux. Elle était là quand ça n’allait pas. Quand j’étais dans la capitale, j’ai été frappé par une forme de dépression causée par une véritable désillusion, au bout de plusieurs mois de séjour. J’avais attendu ce voyage depuis des années et finalement, la vie à Tokyo ne me plaisait pas. Je ne vais pas m’étendre sur toutes les raisons qui ont abouti à ce résultat, mais je ne me sentais pas bien pendant toute une période. Je n’avais pas le recul nécessaire et j’en attendais trop, j’avais inconsciemment idéalisé les choses. Mais je ne m’en rendais pas encore compte. Alors j’étais triste. Et Mutz a énormément fait pour moi.

Quand ça n’allait pas, je me suis dit qu’il fallait que je change drastiquement de mode de vie. Que je m’évade, que je me vide l’esprit et que je parte à la recherche d’un Japon qui me correspond plus. J’ai alors quitté mon travail dans un restaurant d’Asakusa, j’ai quitté mon logement que je partageais avec plusieurs personnes et dans lequel j’avais une chambre, et j’étais en train de préparer un voyage en stop jusqu’à Osaka. Je n’avais alors plus de toit sous lequel dormir. Et Mutz m’a hébergé.

Je suis resté chez elle pendant plus d’un mois, et elle a même gardé mes affaires à l’appartement pendant mes deux semaines en Thaïlande. Comme il est en AirBNB, j’ai eu l’occasion d’aller avec elle chez ses parents dans la banlieue de Tokyo pendant quelques jours alors que des clients occupaient les lieux à Ikebukuro… J’ai pu rencontrer certains de ces clients aussi, je pense à un duo d’amis Chinois notamment qui étaient venus passer une semaine sur Tokyo pour visiter et faire du shopping, avec qui nous avons passé une après-midi. Beaucoup de souvenirs me viennent en tête, comme le road-trip que nous avons fait jusqu’à Kusatsu (voir vidéo ici) avec Joe, que Mutz m’a présenté et qui est aujourd’hui un bon ami. Toutes ces photos aussi… J’ai moi-même appris beaucoup en photographie en la regardant faire. J’essaye de l’imiter parfois quand je suis derrière l’appareil. Aujourd’hui je ne suis plus au Japon, mais je compte peut-être y retourner un jour. En vacances déjà, ça c’est une évidence. Et Mutz sera l’une des premières personnes à être informée de mon retour. J’ai vraiment hâte de la revoir. Je ne sais pas si elle le sait, mais elle a changé ma vie. Je lui en serai à jamais reconnaissant.

Le vue de la terrasse

Carlos.

Je m’étais lancé le pari de faire Tokyo-Osaka en stop durant l’été. Je suis parti au mois de septembre pour une courte aventure qui allait durer 4 jours…

Carlos, de son véritable nom Takeshi — tout le monde l’appelle Carlos depuis qu’il est petit parce que bien qu’il soit à 100% Japonais, il a un visage de Latino — a 35 ans, il est trapu et a toujours le sourire aux lèvres. Il travaille dans le bâtiment et vit dans un petit logement à Ibaraki, au nord de Osaka. Il a une voix douce, qui contraste beaucoup avec son physique.

J’ai rencontré Carlos devant un Seven-Eleven (épicerie ouverte 24 heures sur 24 très populaire au Japon) à quelques kilomètres à l’ouest de Nagoya. J’avais dormi dans cette ville la veille car elle représentait la dernière étape de mon voyage en stop avant l’arrivée : Osaka. Je marchais depuis une heure, longeant la route quand j’ai décidé de m’arrêter pour me reposer un peu et me réhydrater. Je me suis positionné devant le Seven-Eleven avec ma petite pancarte disant, en japonais, vers ou je souhaitais me rendre. Au bout d’une vingtaine de minutes arrive une petite camionnette blanche, immatriculée Osaka. Je me dis que peut-être, j’ai trouvé quelqu’un pour m’aider ! Mais quand Carlos descend de sa voiture, il ne me remarque pas du tout et entre dans l’épicerie. Il retire de l’argent, achète à boire et ressort. Puis il s’apprête à remonter dans sa camionnette. Je me dis que si je ne vais pas lui adresser la parole, je ne saurai jamais s’il peut m’aider ou non, alors je me lance. Je vais le voir. Après une brève conversation où je lui demande s’il est de Osaka et, surtout, s’il y retourne, il me répond : « vas-y, monte ! » Il vit à Ibaraki, dans la banlieue nord de cette ville qui est mon point de chute. Quelle joie ! Le voyage peut commencer !

Carlos ne va pas faire que m’emmener à destination. Il va devenir un véritable ami. Pendant le trajet de deux heures, on parle de tout et rien, de son enfance, de son travail, du Japon et de la France… Il va me faire rencontrer son groupe d’amis avec lesquels ils se rejoignent tous les week-end dans un bar du coin pour manger, faire la fête et jouer aux fléchettes. J’ai d’ailleurs fait une partie avec lui… je n’ai pas vu le jour. Et pendant tout mon séjour à Osaka, soit un peu plus de deux semaines, il a toujours été là. Un jour on est partis à Nara avec une amie à lui, une nuit on a joué au billard avec ses amis jusqu’à pas d’heure, il m’a hébergé deux-trois fois après des soirées arrosées alors que je n’avais nulle part où dormir en me laissant pour seule consigne de bien refermer la porte en partant sachant qu’il allait au travail vers 7 heures et demies… Quand mon ami Ali est passé par Osaka avec sa petite-amie, on s’est tous retrouvés et on est partis faire la fête. C’était fantastique d’être tous ensemble. Carlos m’a même invité plusieurs fois à l’izakaya (bar/restaurant traditionnel japonais) alors que je sais très bien qu’il ne roule pas sur l’or… Cet homme est absolument adorable. Il a embellit ce voyage, ce pari que je m’étais lancé. Il a contribué à rendre cette expérience inoubliable. Et ça m’a fait du mal de lui dire au revoir quand je suis reparti à Tokyo avant de m’envoler pour la maison. Je sais que je vais le revoir et nous sommes toujours en contact, on s’envoie des nouvelles de temps en temps. Dès que je repasse par le Japon, je passerai à Osaka une petite semaine histoire de renouer avec cette partie si intense de ma vie. Et en parlant de Osaka…

Sur la route avant d’arriver au Seven-Eleven

Yoshi.

Alors que je suis à Osaka pour quelques jours avant de reprendre la route vers Tokyo — je suis venu ici sans véritable objectif à part revoir quelques amis, mais je n’avais nulle part où dormir — je séjourne dans une auberge de jeunesse non loin du quartier populaire de Dotonbori. Ça fait déjà une semaine que je suis arrivé, mais je n’ai plus beaucoup d’argent pour le logement et j’ai déjà fait un bon tour de la ville. Je ne compte pas rester encore très longtemps. Alors que je sors, vers 20h, pour faire des photos de nuit de la ville, je suis interpellé par un jeune homme assis à l’entrée de l’auberge qui me demande si je parle français. Il est Canadien, accompagné d’une demoiselle qui vient de France. Ils attendent une autre amie, Suisse, qui s’apprête à les rejoindre pour aller manger en ville. La conversation s’amorce, on sympathise, et on finit par partir tous ensemble. Un Allemand nous rejoint, mais il a du être perdu dans le flot de français qui dominait l’anglais lors des conversations que nous avions. Comme je parle japonais, mes nouveaux compagnons m’ont dit qu’ils me laisseraient les guider. Très bien !

Le quartier de Dotonbori le matin – Photo de Rémi

Nous arrivons donc naturellement dans les rues éclairées de mille couleurs aux néons du grand quartier et nous entrons dans un restaurant de takoyaki, ces boules au poulpe caractéristiques de la région d’Osaka. On boit un coup, on discute, et alors que notre collègue allemand décide de rentrer, on se dit que ça serait trop bête de ne pas continuer notre exploration nocturne. Il doit être 21 heures 30 quand on part à la recherche d’un bar. Au Japon, tout est très vertical. Les grandes villes sont surpeuplées et les bâtiments montent très haut. Naturellement, beaucoup d’établissements ouvrent leurs portes aux étages de ces derniers, et il y a beaucoup de bars et restaurants dont on ne soupçonnerait pas l’existence qui se cachent furtivement en hauteur. Ici, il ne faut pas seulement regarder à notre niveau pour trouver une bonne adresse mais il faut penser à lever la tête. Même si, il est vrai, tout est souvent écrit en japonais…

Je trouve un bâtiment non loin du restaurant avec un panneau disant qu’il y a des bars au 5ème étage. Pourquoi pas ! Je monte dans l’ascenseur, suivi de mes nouveaux amis et d’un jeune homme japonais. Il a un visage doux et a l’air gentil, mais surtout, il porte un t-shirt qui m’a fait sourire ; il est écrit « love me tenga ». Un tenga, c’est un sex toy masculin très (très, très…) populaire au Japon. Évidemment, la référence à Elvis avec un tel «  jouet », ça m’a amusé. Alors je lui dis, en japonais, que je trouve son haut très drôle. Une brève conversation s’engage. Cet inconnu local nous demande ce que nous faisons, alors je lui réponds que nous sommes à la recherche d’un bar. Ce à quoi il répond : « ah oui ? J’ai un bar moi-même au 5ème, venez faire un tour si vous voulez ! » Pourquoi pas, marché conclu !

C’est ainsi que nous débarquons au Transiter de Osaka. Un tout petit bar intimiste, avec une ambiance très amicale. (Je regrette de ne pas avoir de photo… Mais on peut le voir en vidéo à la fin de mon voyage en stop) Deux tables en bois, un comptoir et une décoration inspirée du milieu de l’aérien… Il y a même des annonces pour un embarquement imminent dans les toilettes ! Je discute un peu avec le gérant que je viens de rencontrer. Il s’appelle Yoshi, il a 35 ans. Mince et est très souriant, il est assez grand pour un Japonais et je pense que comme moi, il doit avoir une fâcheuse tendance à être trop gentil. C’est peut-être une des raisons qui fait que nous nous entendons très bien dès le premier contact ! On passe la soirée ici à boire et jouer aux cartes, avant de rentrer pour l’auberge comme on peut, en essayant de marcher droit… Mes souvenirs ne sont pas très clairs ici, car ma mémoire ne me montre des images qu’avec la Française dont j’ai oublié le nom sur le chemin du retour… Je ne sais pas où sont passés les deux autres. Quoi qu’il en soit, on arrive sains et saufs à l’auberge au bout d’une demie heure de marche courageuse et il est temps de dormir. Enfin… Un de nos compagnons de chambre dort profondément, comme l’illustre son ronflement qui fait trembler les murs. Accompagné par l’ivresse, je rigole tout seul en l’écoutant, pensant aux autres occupants de la chambre avant de m’endormir et de sombrer dans le sommeil comme une brique dans un étang.

Avant de partir la veille, j’avais pris soin de dire à Yoshi que j’allais repasser très bientôt. Et j’ai bien fait car le lendemain — où en tout cas très vite — j’étais de retour. Seul, cette fois. J’ai appris à connaître Yoshi un peu plus. J’ai même rencontré certains de ses amis qui étaient là aussi, dont un designer de mode qui semblait vouloir me demander un service. En fait, il voulait que je pose pour sa marque de vêtements. Il me demande alors jusque quand je compte rester dans le coin. Je lui réponds que malheureusement, n’ayant nulle part où dormir ici, je compte partir d’ici deux jours. Il me dit que Yoshi peut peut-être me rendre service sur ce coup-là. On commence à parler tous les trois et Yoshi demande à quelle date doit se dérouler le shooting. Réponse : dans dix jours. Je me dis que quand même, ça fait pas mal de temps et qu’on se connait à peine quand mon train de pensée est arrêté par la voix de Yoshi qui me dit : « ça marche y’a pas de problème, t’as qu’à venir chez moi, je suis tout seul en ce moment ! » Je suis vraiment gêné, je lui dis que quand même, on vient de se rencontrer et que je ne veux pas qu’il se sente obligé surtout que ce n’est pas moi qui ai proposé. Il me rétorque qu’au contraire, ça peut être sympa. Décidément, ce voyage à Osaka est rempli d’imprévus — remarque, je n’avais pas prévu grand chose non plus ! L’aventure continue !

C’est comme ça que deux jours plus tard, après avoir terminé mes nuits à l’auberge, je débarque chez Yoshi. Il habite dans le quartier de Fukushima (le quartier de Osaka, pas la ville victime de la catastrophe de 2011) au 4ème étage d’un bâtiment situé très proche de la gare. Un endroit idéal et un appartement très agréable à vivre ! Et qui va devenir mon nouveau quotidien pour presque deux semaines ! On a passé pas mal de soirées au bar surtout quand il n’y avait personne lors des soirs calmes à refaire le monde, on est rentrés à vélo vers 3 heures du matin en se racontant des histoires dans la nuit de Osaka à l’heure où la ville dort… Je mettais souvent ma musique au Transiter et j’y ai aussi invité une fille qui compte beaucoup pour moi, on a passé la soirée à s’amuser tous ensemble… Un jour j’ai vu pas mal de ses amis qui s’étaient réunis chez lui à l’occasion d’un mariage, et le petit Japonais de même pas 2 ans qui courait les fesses à l’air se demandait sûrement qui je pouvais bien être… Je suis déjà rentré un matin et j’ai retrouvé Yoshi sur son futon au milieu du salon avec un ami à lui après une soirée arrosée… Et surtout je suis revenu au Transiter avec Carlos et Ali. J’ai eu la chance d’être au même endroit avec tous ceux qui ont changé mon voyage au Japon… Il ne manquait plus que Mutz.

En sortant de chez Yoshi

Quand j’y repense, je me dis que je n’ai pas assez profité. C’est passé beaucoup trop vite. Je revois Yoshi monter des meubles quand il avait des jours de congé et maintenant je me dis que j’aurais dû l’aider un peu au lieu de travailler de mon côté. Et puis finalement, le shooting n’a pas eu lieu. Mais ce n’est pas grave, parce que j’ai pu apprendre à connaître Yoshi, qui est vraiment quelqu’un d’exceptionnel. Lui aussi, tout comme Carlos, m’a fait confiance aveuglément et m’a donné la clef de chez lui, de son vélo… J’aurais pu tout prendre et disparaitre. Mais ça ne lui a pas traversé l’esprit. (Le mien non plus bien sûr, rassurez-vous) Je suis fasciné par ces gens honnêtes, terre à terre qui savent encore faire confiance à l’être humain (ce qui ne veut pas dire « à tout le monde » ou « à n’importe qui »). Je fais parti de ceux-là moi aussi, qui pensent que l’on peut encore profiter de ce genre de relations formidables sans attendre de contrepartie. Juste de l’amitié, du partage.

Quand j’ai dit au revoir à Yoshi, il était au vernissage de la galerie d’un ami artiste. Il ne savait pas si j’allais passer avant de partir, alors il m’a dit de lui laisser les clefs dans la boîte aux lettres au cas où. Mais je suis allé le voir. Il avait les larmes aux yeux quand je lui ai dis que ça y est, c’était le grand départ, et ça m’a vraiment touché. Tout comme Carlos, il a réellement changé mon voyage. Ma vie, même. J’ai hâte de repasser par Osaka, où il m’a dit que j’aurai toujours un refuge où dormir. Avoir des gens comme ça dans sa vie, ça vaut tout l’or du monde…

La vue depuis chez Yoshi

 

La vue depuis chez Yoshi

Craig.

Nous sommes cette fois partis du Japon. On se retrouve plusieurs mois plus tard, dans un tout autre pays et dans lequel vont m’attendre de nombreuses nouvelles aventures…

J’ai passé trois mois en Nouvelle-Zélande. Le séjour devait à la base durer plus longtemps, mais différents événement l’ont écourté. Ce qu’il faut savoir, c’est que nous étions quatre : mon frère Baptiste, sa copine Éléna, notre amie Virginie et moi. Nous n’avions pas prévu grand chose pour ce voyage, si ce n’est faire un road-trip en van et peut-être, pourquoi pas, s’installer dans une ville pour travailler un peu. Rapidement, nous faisons l’acquisition du dit van et commençons à prendre la route. Les deux premières semaines se passent très bien, jusqu’à ce qu’une tempête tropicale ne vienne nous surprendre. Nous sommes sur la route en direction du sud de l’île du nord, et le temps ne va pas s’améliorer avant au moins une semaine. Comme le soleil a l’air d’être présent plus bas, nous fuyons à toute vitesse. Nous passons faire le plein dans une petite ville qui s’appelle Waihi. Et nous allons devoir y rester bien plus longtemps que nous le pensions, malgré nous…

En reprenant la route après avoir abreuvé notre van, un bruit mécanique se fait soudainement entendre. Brutalement, tout s’arrête. On se retrouve sur le bas côté, en sortie de virage sans pouvoir redémarrer. La nuit commence à tomber et la pluie n’a pas l’air de vouloir s’arrêter. On ne sait pas quoi faire… On parvient à faire venir une dépanneuse qui va nous ramener à Waihi, sur un parking situé à côté du seul hôtel encore ouvert de la ville. Ville qui va devenir notre refuge de fortune pour les dix jours à venir… Pour faire court : le moteur du van est mort. Nous ne pouvons pas le réparer. (l’histoire en entier juste ici) Alors on pense à une solution… Finalement, on se dit qu’il serait judicieux de se faire un peu d’argent en revendant le matériel que nous avons, étant donné qu’on pense repartir à Auckland pour louer un autre van. C’est ainsi que nous arrivons dans un garage qui nous a été conseillé par un duo d’amis français pour revendre notre batterie qui est toute neuve… Nous sommes accueillis par une femme adorable qui appelle le patron : Craig.

Le garage de Craig

Craig doit avoir un peu plus de 50 ans. Il est grand, a un physique imposant et a la chevelure de Bruce Willis mais surtout, un sourire apaisant. Quand il nous voit débarquer dépités, il s’empresse de nous rassurer et nous aider à nous calmer, à chercher une solution ensemble. Il a une grande dose de bonne humeur qui fait du bien au moral ! Il nous dit qu’il vaudrait mieux tenter de changer le moteur si on en trouve un à un prix abordable — ce qu’il va se charger de faire — plutôt que de tout laisser tomber et devoir retourner à Auckland en bus pour chercher une autre solution qui ne sera pas forcément la bonne. Et de là commence une jolie histoire.

Craig ne va pas juste nous aider à réparer notre van. Il a certes fait un grand nombre de démarches pour se procurer un moteur abordable qui colle avec le modèle de notre van, mais il a aussi fait beaucoup plus. Comme nous étions à l’hôtel du coin, on voyait nos économies partir à toute vitesse. On a été très surpris quand Craig nous a proposé de nous offrir un toit, sans contrepartie aucune. Il a, à l’étage de son garage une grande pièce dont l’équipe se sert pour se détendre. Il y a même des matelas, une télé et une cuisine ! Et il va nous la céder pendant cinq jours, tout ce qu’il veut en échange c’est qu’on lui ouvre la porte de son garage à 7 heures quand il arrive pour commencer sa journée de travail. Il va nous offrir à manger, nous prêter une voiture pour que l’on se déplace un peu… J’en oublie sûrement. Mais il ne nous connaissait pas et il a quand même décidé de tout faire pour nous aider. La ville de Waihi est petite, donc au bout d’une semaine, on commençait déjà à nous reconnaître. Mon frère est parti au skate-park faire du BMX avec l’un des mécanos, on a joué de la guitare avec un autre, Craig nous a raconté plein d’anecdotes… Notre voyage en Nouvelle-Zélande était éprouvant, et je regrette que le poids des mots ne puisse pas être assez révélateur de ce que nous avons vécu. Mais Craig fait partie de ceux qui l’ont rendu inoubliable et qui en ont finalement fait un bon souvenir. Quand j’y repense aujourd’hui — quand on y repense aujourd’hui, on a tous le sourire en se disant que malgré toutes ces galères, on en aura vu, on aura appris et ça reste une expérience dont on se souviendra !

Waihi

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J’ai moi-même toujours été quelqu’un de trop gentil. Plus je grandis, plus je me rends compte que malheureusement, on le paye souvent. Les choses sont injustes, les gens sont des menteurs et on a vite fait d’être manipulés. Alors oui, on a tous des failles. Personne n’est parfait. Mais pourtant, il existe des gens qui nous ressemblent, qui ont une grande dose d’humanité en eux. J’ai la chance de pouvoir en rencontrer certains, et je me dis que les Hommes ne sont pas systématiquement mauvais, sournois… Il suffit de croire, de ne pas juger avant de connaître, de se rappeler que chacun a une histoire à raconter. Je ne sais pas pourquoi nous sommes là mais quitte à vivre, autant essayer répandre le bonheur tant que l’on peut. Comme je le dis souvent, je préfère voir des gens s’embrasser que se taper dessus. Parfois, il suffit d’un regard pour faire le bien.

Rodolphe

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Pour accompagner cet article en musique, je veux partager un titre de Nekfeu : « Rêve d’avoir des rêves ». Je trouve qu’il colle bien avec le sujet. On cherche tous un sens à notre vie, à s’évader, à toucher la liberté. La société nous conditionne et nos galères se mettent comme des barrières devant nous. On court contre la montre et on entre en compétition les uns contre les autres, on se juge, on s’écrase. On se persuade qu’on ne peut pas s’entendre. On écoute les médias, on se fait des idées, on se méfie. On oublie de regarder qui sont vraiment ces gens, on ne les écoute pas, on ne s’intéresse pas à eux. Moi je crois qu’ils peuvent être bons, qu’ils peuvent tous nous apprendre quelque chose, nous offrir quelque chose. J’ai décidé de m’ouvrir à eux. Certes, avec certains j’aurai tort. Avec beaucoup d’autres, non. Et dans tous les cas, j’aurai essayé. Comme Nekfeu le dit…

« J’ai emporté toute sorte de paquetage, j’ai fait du stop
Ceux qu’ont plus rien en stock ont toujours la notion de partage

Pour changer de vie, il suffit d’un choix
Parfois, faut fuir les grandes villes où personne ne vit la joie »