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Faire du stop dans la campagne japonaise ?

Dimanche 26 juin 2016, Itoshima.

Je suis resté une semaine à Fukuoka dans le Kyushu (sud du Japon), et plus précisément à Itoshima, à côté de l’université de Kyudai. Situé à une demie-heure en transport du centre de Fukuoka, le campus de l’université est la seule trace de modernité parmi les maisons anciennes traditionnelles, les rizières et la montagne qui dominent la campagne japonaise de là-bas. J’étais face à un Japon que je n’avais jusqu’alors jamais encore expérimenté, et j’ai eu l’impression de revenir quelques années en arrière, notamment en voyant ces personnes âgées travailler à la sueur de leur front dans les rizières inondées. Un paysage incroyable.

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Itoshima

Le dimanche a été la seule journée où le soleil est parvenu à se frayer un chemin à travers les nuages de la saison des pluies. En ouvrant les yeux vers midi – oui, dans la campagne japonaise aussi on aime bien faire la fête… – on a vu que non seulement la pluie s’était arrêtée, mais que le ciel était bleu et dégagé. Rémi m’avait parlé la veille d’une cascade située à quelques kilomètres au sud en partant de l’université, dans un endroit qu’on appelle Shiraito. Faire tout le trajet en vélo nous paraissant compliqué, on décide d’aller jusqu’à la gare avec ceux-ci et de finir le trajet en train, puis en bus. Quatre arrêts nous séparent de la station de métro la plus proche de notre destination. Nous prenons le premier train venu et arrivons donc vers 14h15 à la gare, bien décidés à prendre le bus jusqu’à la cascade de Shiraito. Seulement Rémi autant que moi avions oublié un détail : c’est la campagne et il n’y a pas de bus toutes les deux minutes. Nous aurions pu nous organiser un peu plus et vérifier les horaires de bus, mais qu’est-ce que l’aventure sans imprévu ? (je dis sûrement ça pour me donner bonne conscience…)

Toujours est-il que des touristes chinois nous indiquent où se trouvent l’arrêt de bus que nous recherchons. On arrive donc tranquillement en se disant qu’on va profiter de la demie-heure de trajet pour se poser et regarder le paysage défiler. Il est 14h25. Le bus est parti à 14h21. Le suivant est à 15h56. On se retrouve comme des champions devant le panneau des horaires à se marrer et à se demander comment on allait faire le trajet. À pieds ? C’est parti !

Il fait beau. Il y a même un peu de vent pour rendre la chaleur plus supportable. On demande rapidement à un policier japonais la direction à prendre pour rejoindre la cascade, et on est parti. On se met très vite d’accord avec Rémi pour faire du stop : après tout, qui ne tente rien n’a rien. On m’a souvent dit que pour faire du stop au Japon, il fallait « avoir de l’espoir ». Ça tombe bien, de l’espoir, on en a à revendre !

On marche dans un quartier résidentiel me faisant penser à ceux du sud de la France, qui ont l’air d’abriter des gens plutôt aisés : de grandes et jolies maisons qui paraissent neuves, des rues très propres, le calme… On avance tranquillement en suivant les panneaux sur la route, pouce en l’air comme pour dire « s’il vous plaît venez-nous en aide ». Je me souviens d’une petite mamie qui a dû prendre peur et a accéléré en faisant « non » de la tête, le regard sévère, en passant à notre hauteur.

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20 minutes qu’on marche et pour l’instant le stop… c’est pas trop ça !

Nous sortons des quartiers résidentiels pour finir dans un paysage digne d’une scène de « Into the Wild » version asiatique : une route toute droite jusqu’à l’horizon dominé par des montagnes, des rizières tout autour de nous et quelques maisons. Ça nous apparait comme une évidence : si personne ne nous prend en stop, on n’arrivera jamais avant la tombée de la nuit ! On prend des photos, on rigole, on se fait surprendre par un homme qui passe à fond à côté de nous en criant « GAMBARUUUU » par sa fenêtre ouverte. (en gros il voulais nous dire « bon courage », je crois) Et puis comme par magie, à un moment où l’on regarde droit devant nous sans même faire attention aux voitures, un homme d’une cinquantaine d’années ralentit et s’arrête à notre hauteur : « vous allez jusqu’où comme ça ? » nous demande-t-il en japonais. Rémi engage la conversation et lui explique que nous allons jusqu’à la cascade dans la montagne. Notre futur chauffeur a l’air plutôt dubitatif et nous dit qu’il ne va pas si loin. Après quelques secondes de réflexion et après que mon compagnon de galère lui dise à mon grand malheur « vous inquiétez pas c’est pas grave », ce monsieur japonais décide de nous faire monter : « allez montez, je vais vous avancer un peu ». L’aventure continue de plus belle.

On monte dans la voiture et on a commencé à parler avec notre sauveur dont j’ai oublié le prénom… Un homme de la région. Il a commencé en anglais et a mis quelques secondes à se rendre compte que nous pouvions parler japonais. Du coup, on a pas mal échangé pendant tout le trajet, sur tout et rien, ce que nous faisions, pourquoi et comment nous étions là, il nous a raconté qu’il travaillait dans l’import/export, il nous a parlé d’art japonais… C’était vraiment cool ! Il a pas mal rigolé quand on lui a dit qu’on était parti pour faire la route à pieds. C’est vrai qu’en voyant le trajet depuis la voiture, on s’est vite dit qu’on avait été très ambitieux de partir sur une telle « promenade ». Chemin faisant, parlant de tout et rien dans la langue de Hiroshige, on finit par arriver dans des chemins de montagnes, entourés par la verdure. On arrive à l’entrée du lieu où se trouve la cascade : là s’amoncelle un grand nombre de voiture. Les Japonais du coin ont tous décidé de faire comme nous, mais eux, ils avaient prévu le coup ! C’est à ce moment-là qu’on a compris que ce monsieur nous a littéralement emmenés à destination, même si à la base ce n’était pas vraiment la sienne. Il a accepté de perdre du temps dans les bouchons pour nous. Incroyable, cette gentillesse… Quoi qu’il en soit, 15h45, nous sommes arrivés et le paysage en valait la peine… Rémi se rend compte qu’il a perdu le capuchon pour son appareil photo dans la voiture. Mais comme il me l’a répété : « c’est la faute de la ceinture ».

Rodolphe

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La cascade de Shiraito

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Le trajet en valait la peine…

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Le déjeuner des aventuriers

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Loin des bruits de la ville