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Affection et sexe au Japon : le love hotel

 

L’affection et le sexe au Japon

Le cas du Love Hotel

 


 

Si la culture du Japon est quelque chose qui t’intéresse, tu sais peut-être déjà que leur concept d’affection, de relation de couple mais aussi de sexe n’est pas forcément le même que le nôtre. Simple exemple : là où avoir un ‘friend with benefit’ est considéré comme quelque chose d’anodin pour beaucoup chez nous, bon nombre de Japonais ne vont pas forcément comprendre. Et là où pour eux aller voir une prostituée après le travail avant de rentrer à la maison est considéré comme un comportement banal, c’est nous qui n’allons pas forcément comprendre. Il n’y a aucun jugement de valeur ici : j’ai mon opinion sur la chose, elle me regarde, et je respecte le fait que chaque pays ait ses moeurs et coutumes ; qu’elles soient en accord ou non avec ma façon de voir les choses. Je parle aussi ici de mon expérience et mon récit s’appuie sur les conversations que j’ai eues avec des Japonais sur place, ainsi que sur ce que j’ai pu voir au Japon de mes propres yeux.

On pourrait développer encore sur le sujet de l’affection avec le concept de bars à hôtesses par exemple, mais on va ici essayer de rester dans un sujet bien délimité :

les « love hotels » et leur rôle dans la société japonaise.

Même si je pense que le nom de ces établissements parle de lui-même, je vais quand même résumer le concept brièvement. Les « love hotels », qui prolifèrent sur l’archipel nippon, sont donc des hôtels destinés aux couples. (en passant par ceux qui ne passeront qu’une nuit ensemble jusqu’aux parents mariés) Ils offrent des forfaits appelés « rest » (japonais : kyuukei 休憩, lit. « pause ») à différents prix et différentes durées — souvent d’une à quatre heures, à partir de 3000 yens. Ils vont également avoir un forfait plus coûteux, appelé « stay » (jusqu’au matin), qui s’apparenterait davantage au service d’un hôtel classique. À savoir avoir une chambre pour la nuit. Beaucoup moins chers en semaine, (les prix étant bien sûr gonflés les vendredis et samedis soir, où bien souvent toutes les chambres affichent « occupé » rapidement) ces hôtels fournissent une chambre avec salle de bain, comme un hôtel ordinaire, à la différence que tu y trouveras aussi notamment des préservatifs ainsi qu’un « menu » pour commander déguisements et autres jouets, entre autres… Anecdote intéressante : il existe aussi des établissement avec des distributeurs automatiques de boissons, cigarettes, mais aussi de jouets plus « tendancieux »

asakusa

La nuit tombée sur Asakusa, Tokyo

Le concept peut donc surprendre au premier abord, d’autant plus que dans les grandes villes se trouvent des quartiers — souvent jeunes, animés — qui en sont remplis. Combien de fois en flânant dans une métropole japonaise ne me suis-je pas retrouvé au beau milieu d’une jungle de grands bâtiments, aux entrées timidement cachées derrière de grands panneaux colorés listant les différentes formules disponibles dont sortaient de temps à autres des couples, des jeunes filles gênées ou encore des salary-man satisfaits… Je pense notamment à des quartiers comme Shibuya, Shinjuku ou Ikebukuro pour Tokyo, et Shinsaibashi, Nanba à Osaka…

.Mais alors quel est l’intérêt de tels hôtels pour qu’ils soient si populaires au Japon ?
Il y en a en fait beaucoup…

On peut citer :

L’anonymat : au Japon, on ne veut pas vraiment que ça se sache quand on a une aventure. On ne parle pas vraiment de sexe là-bas, beaucoup considérant ça gênant, voire honteux. (le fameux « hazukashii », lit. « j’ai honte ») Quand on rentre dans un love hotel, on a généralement un panneau électronique à l’entrée où l’on sélectionne sa chambre parmi une liste avec photos. Après avoir choisi, appuyé sur le bouton et récupéré notre ticket, on part payer à l’accueil où se trouve généralement une femme dont on ne voit pas le visage, chargée de nous encaisser et de nous dire « vous avez tant de temps ». C’est comme si on demandait un aller-retour Versailles-Paris au guichet de la gare, sauf que le visage de notre interlocuteur est caché par une vitre opaque. Certains hôtels sont différents et le staff peut même nous conseiller pour une chambre, à visage découvert tandis que dans d’autres le paiement s’effectue dans la chambre, à une machine située à côté de la porte. Tout étant automatique, il n’y a aucun contact humain à part en cas de problème…

L’intimité : au Japon, on n’invite pas son ou sa petit(e) ami(e) chez les parents. Dans de nombreuses familles, on évite même d’inviter des amis. On ne m’a jamais proposé, à Tokyo, de venir faire la fête à la maison par exemple. Présence des parents, manque de place, honte de montrer une chambre mal rangée ou encore murs fins qui pourraient laisser passer le bruit et déranger les voisins… Même si les choses tendent à évoluer de ce côté là, au Japon on s’amuse principalement dehors, dans des bars ou dans un izakaya. (居酒屋 – sorte de bar traditionnel japonais où l’on vient manger et boire)
Les jeunes qui habitent chez leurs parents ont donc besoin d’un lieu à l’extérieur de leurs foyers familiaux pour pouvoir vivre leur intimité. Les love hotels répondent à cette attente légitime. Pour l’anecdote, certains couples choisiront même plutôt l’option du karaoké : prendre une salle pour la nuit (environ 10€ par personne la semaine dans certaines enseignes) et faire autre chose que chanter. Ce qui est, admettons-le, risqué et moins classe. Entre une chambre d’hôtel prévue pour et la banquette d’une salle de karaoké, mon coeur balance.

(une amie m’a parlé de son ancien collègue au karaoké qui s’amusait à chercher les salles où des couples se prêtaient à ce jeu, en attendant de les revoir sourire aux lèvres au comptoir, au moment de payer l’addition)

On peut aussi noter qu’il ne s’agit pas toujours des jeunes, mais certains parents peuvent aussi par exemple retrouver leur intimité dans un love hotel. Effectivement, les parents au Japon ne dorment quasiment jamais dans le même lit et mettraient presque un terme à leur vie sexuelle après la naissance de leur premier enfant. La femme dormant avec pendant des années et le mari étant souvent occupé sur son lieu de travail, la flamme finit vite par vasciller…

tranche-de-vie

Discussion entre ma famille parisienne et ma famille de Osaka dans un Izakaya

La sécurité : le fonctionnement d’un love hotel est simple et sans risque. Accessible facilement, paiement rapide, moyens de contraception à disposition… Et il est certes plus risqué d’attendre que les parents ou que le petit frère soient partis ! Alors à moins de tomber sur un(e) partenaire habitant seul(e) acceptant de nous héberger, dans un lieu bien rangé pour qu’il soit jugé présentable et à l’abri de l’indiscrétion des voisins, le love hotel est la solution.
Petite parenthèse, c’est aussi un bon moyen pour les celles et ceux qui veulent rester discrets dans leur infidélité, ou les hommes qui ont des relations avec des hôtesses, prostituées… Attention, les love hotel ne sont pas des « bordels » pour autant : si la femme est une prostituée, seuls le client et elle-même seront censés être au courant. Les pratiques illicites ne sont pas proposées ni tolérées par ces établissements, et le client s’expose lui-même à des poursuites s’il est dénoncé et/ou contrôlé par la police.

La réalisation de fantasmes : as-tu déjà eu envie d’essayer de montrer ton amour à ta moitié dans un avion ? Dans un casino ? Dans tout autre décor… particulier ? Certains hôtels ne proposent pas qu’une simple chambre avec douche. Nous pouvons trouver, au Japon, des love hotels proposant des chambres à thèmes, destinées entre autres à l’ « épanouissement » des couples. Dans l’espace, au Moyen-Âge, dans un château allemand ou dans une salle de classe, tous les décors que tu peux imaginer sont probablement déjà disponibles dans un love hotel japonais !

Alors avec tout ça, qu’en pensent les Japonais finalement, de ces love hotels ??

En discutant de ce sujet avec des amis, des connaissances et même des inconnus, la majorité des Japonais voient ça comme une opportunité de vivre son intimité, d’être plus proche de son/sa partenaire. Pour eux, c’est une bonne chose. Même pour ceux qui sont plus aventuriers, qui ont des conquêtes d’un soir, les love hotels sont des endroits sûrs, ouverts et disponibles 24/24 (selon les chambres restantes) et peu onéreux pour certains.

(quand on dit à nos amis japonais que nos parents dorment dans le même lit, ou qu’on a déjà ramené notre chéri(e) à la maison et qu’on n’a pas fait que jouer aux jeux de société, ils vont en général avoir une réaction de grande surprise — et par là j’entends bien sûr qu’ils vont halluciner, sachant qu’il s’agit de choses impensables dans la société japonaise !)

Certains, plus minoritaires, trouvent au contraire le concept honteux et n’y voient qu’un aspect sexuel dégradant : un lieu de débauche où les jeunes font n’importe quoi et où d’autres trompent, pèchent et où l’industrie du sexe (pornographie, prostitution) opère. Pour ce dernier exemple, il y a des rumeurs disant que ce genre de choses se font dans certains établissements douteux, mais comme je ne suis pas renseigné je préfère laisser planer le doute.

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Commerce à Kurashiki

EN CONCLUSION ?

Finalement, même si le concept de love hotel peut d’abord être déroutant pour nous autres Français, il faut prendre en considération certains aspect de la culture japonaise. Là où beaucoup en Europe n’auront pas besoin d’un autre lieu que le foyer familial par exemple, au Japon on n’y penserait pas. Ça ne se fait pas. Les parents non plus ne font pas, ou plus l’amour chez eux quand les enfants sont là. (pas un seul de mes amis japonais n’a ses parents qui dorment dans le même lit) Ils délaissent leur vie de couple, qui ne parvient pas à fusionner avec leur statut de parents. Et même si l’on habite seul sans enfants, peut-être que notre appartement est trop petit ? Que les voisins risquent d’entendre quelque chose…? Alors pour palier à ce genre de choses, il fallait trouver une solution.

Je me suis souvent demandé moi-même ce que je devais penser de ce concept de love hotel, car au début je ne voyais ça que comme un moyen de légitimer et faciliter les plans d’un soir. Quand on sort le soir au Japon, dans des bars etc…, il est très fréquent de voir de nouveaux couples entrer dans des love hotels, de voir des étrangers profiter d’une nuit avec une Japonaise dans ces établissements (ou une étrangère avec un Japonais, tous logés à la même enseigne !), et je n’y voyais pas d’autre intérêt — pas que je juge cela comme quelque chose de mauvais en soi pour autant.

En prenant en compte plus d’éléments de la société japonaise, en parlant avec les locaux, en échangeant avec des gens d’avis différents, je me suis dit que ça allait plus loin que ça. Et que finalement, c’était une bonne idée. Car en sachant que la population japonaise est toujours en déclin, que beaucoup de jeunes hommes perdent tout intérêt pour les relations amoureuses et sexuelles et que les couples ne font pour beaucoup plus l’amour après la naissance de leur premier enfant, les love hotels font un grand travail pour offrir de l’intimité à une population qui vieillit, qui donne moins naissance et qui délaisse les relations intimes pour une carrière qui demande des efforts titanesques et une présence quasi-totale sur son lieu de travail. Surtout quand on a besoin de se cacher parce que « faire l’amour, c’est honteux »… J’ai senti avec ce voyage au Japon que la porte vers un changement d’état d’esprit était ouverte, même si beaucoup de gens, majoritairement des hommes, sont encore très gênés ou désintéressés par le sexe en soit.

Rodolphe


Liens utiles :
Photos de différents love hotels (article en anglais)
Un love hotel à Paris ??